Le télescope Swift de la NASA retombe sur Terre après 22 ans d’observation
Par Rédaction Savoir.fr · Publié le · Espace
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Illustration : NASA/Sophia Roberts — Public domain, via Wikimedia Commons
Le télescope spatial Swift de la NASA a fait sa rentrée dans l’atmosphère terrestre le mercredi 4 novembre 2026, au-dessus de l’île indonésienne de Sumatra, près de vingt-deux ans après son lancement. La tentative de sauvetage par un remorqueur robotisé ayant échoué, l’observatoire, ralenti par une haute atmosphère gonflée par l’activité solaire, n’a pas pu être maintenu en orbite. Retour sur une mission qui a profondément changé l’étude des explosions les plus violentes de l’Univers.
Une fin confirmée au-dessus de Sumatra
Selon la NASA, qui s’appuie sur les données de suivi de l’US Space Force, le satellite a pénétré dans l’atmosphère à 7 h 39, heure de la côte est des États-Unis (12 h 39 en temps universel), au-dessus de la région de Sumatra du Nord, vers 3,4 degrés de latitude nord et 98,6 degrés de longitude est. L’agence s’attendait à ce que l’essentiel de l’engin se consume lors de la descente, tout en reconnaissant que certains composants ont pu survivre à la rentrée. D’après Spaceflight Now, la NASA estimait à environ une sur 2 100 la probabilité qu’une personne au sol soit blessée par des débris ; l’heure observée tombe d’ailleurs au centre de la fenêtre de prévision publiée le matin même par l’US Space Force, entre 11 h 42 et 13 h 42 UTC.
Cette chute était annoncée. Le 20 octobre, Swift était descendu à 275 kilomètres d’altitude ; incapable de compenser davantage le freinage atmosphérique, il était passé en mode de sécurité, et l’équipe d’exploitation de l’université d’État de Pennsylvanie avait envoyé la commande mettant fin à ses opérations. La NASA a officialisé la fin de la mission le 23 octobre.
Pourquoi un satellite finit par tomber
Aucune orbite basse n’est éternelle. Même à plusieurs centaines de kilomètres d’altitude subsistent des traces d’atmosphère, et chaque molécule rencontrée prélève une infime part de l’énergie du satellite : c’est la traînée atmosphérique. Perdant de la vitesse, l’engin descend, rencontre un air un peu plus dense, et la décroissance s’accélère. Les satellites dotés d’un moteur corrigent périodiquement leur altitude ; Swift, lui, n’en possédait pas, rappelle Spaceflight Now.
Le facteur décisif a été le Soleil. Notre étoile suit un cycle d’activité d’environ onze ans ; lorsque celle-ci s’intensifie, le rayonnement ultraviolet et les éruptions chauffent la haute atmosphère, qui se dilate et devient plus dense aux altitudes où circulent les satellites. Selon la NASA, l’activité solaire récente a accru la traînée subie par Swift, qui s’est mis à « sombrer rapidement ». Ironie du sort, la reprise des observations scientifiques après l’échec du sauvetage a elle-même augmenté la traînée, l’orientation du télescope vers ses cibles exposant davantage sa surface au flux de gaz.
Un sauvetage commercial inédit, mais avorté
Pour tenter de prolonger la mission, la NASA avait confié à la société Katalyst Space Technologies, pour 30 millions de dollars, la construction d’un remorqueur robotisé baptisé LINK, chargé de s’arrimer à Swift et de le pousser vers une orbite plus haute. L’engin a été lancé le 3 juillet 2026. Mais, d’après Spaceflight Now, il a perdu le contrôle de son orientation quelques semaines plus tard, et la NASA a renoncé à la capture le 19 août. L’agence qualifie elle-même cette opération de mission de maintenance « à haut risque et à délai très court », achevée sans qu’aucune tentative de rehaussement n’ait eu lieu.
L’expérience illustre un enjeu croissant : l’entretien en orbite de satellites qui n’ont pas été conçus pour être réparés. Contrairement au télescope Hubble, visité à plusieurs reprises par des astronautes, Swift ne disposait d’aucun dispositif prévu pour un amarrage, ce qui rendait la manœuvre particulièrement délicate.
Le chasseur de sursauts gamma
Lancé le 20 novembre 2004 depuis Cap Canaveral par une fusée Delta II, Swift devait fonctionner deux ans. Sa cible principale : les sursauts gamma, brefs éclairs de rayonnement de très haute énergie qui comptent parmi les phénomènes les plus puissants connus. Ils accompagnent notamment l’effondrement d’étoiles très massives ou la fusion d’astres compacts, et ne durent souvent que quelques secondes, d’où la difficulté de les étudier.
L’originalité de Swift tenait à sa rapidité et à sa polyvalence. Doté de trois télescopes couvrant plusieurs domaines de longueur d’onde, il pouvait, selon Spaceflight Now, se tourner vers une explosion fugace en une minute environ et alerter aussitôt les observatoires du monde entier pour qu’ils prennent le relais. En plus de deux décennies, il a observé plus de 2 000 sursauts gamma et étudié plus de 1 400 supernovae ; ses données ont nourri quelque 7 000 publications scientifiques, selon la NASA.
Au fil des années, l’instrument est devenu, selon les mots de l’agence, un véritable « couteau suisse » de l’astronomie : galaxies actives alimentées par des trous noirs supermassifs, étoiles sujettes à des éruptions de rayons X, explosions d’étoiles, mais aussi comètes et astéroïdes du Système solaire. Développé par le centre Goddard de la NASA avec des partenaires américains, britanniques et italiens, l’observatoire avait été rebaptisé en hommage à son chercheur principal, Neil Gehrels, mort en février 2017. Sa disparition prive les astronomes d’un outil d’alerte rapide dont le rôle, dans l’étude des phénomènes transitoires, aura été central.
Pour comprendre
- Définition de l’orbite : la trajectoire d’un corps autour d’un autre, et ce qui la fait évoluer.
- Les satellites artificiels, adorés et détestés : usages, encombrement et devenir des engins en orbite.
- Les restes de supernovae : ce que laissent derrière elles les explosions d’étoiles étudiées par Swift.
Sources
- NASA Science — « NASA’s Swift Observatory Re-Entered Atmosphere » (mis à jour le 4 novembre 2026)
- NASA Science — « NASA’s Swift Mission Ends Ahead of Re-Entry » (23 octobre 2026)
- Spaceflight Now — « NASA’s Neil Gehrels Swift Observatory reenters over Western Indonesia » (4 novembre 2026)
- Wikipedia — Neil Gehrels Swift Observatory
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