Booker Prize 2026 : six romans en finale, deux anciens lauréats en lice
Le jury du Booker Prize a dévoilé le 22 septembre 2026, au Southbank Centre de Londres, les six romans encore en course pour la plus prestigieuse récompense de la fiction de langue anglaise. Deux anciens lauréats, Marlon James et Douglas Stuart, y côtoient une romancière américaine déjà deux fois distinguée, Elizabeth Strout, un vétéran britannique de la science-fiction âgé de 81 ans et deux poètes venus au roman. Le vainqueur sera connu le 9 novembre.
Six romans retenus parmi 163 candidats
La sélection finale est le fruit d’un double tri. Le jury avait d’abord reçu 163 ouvrages, tous écrits en anglais et publiés au Royaume-Uni ou en Irlande entre le 1er octobre 2025 et le 30 septembre 2026. Il en avait retenu treize — ce que la fondation appelle le « Booker Dozen » — dans une première liste publiée le 28 juillet. Les six titres désormais en lice sont :
- The End of Everything, de M. John Harrison (Angleterre, Serpent’s Tail) ;
- The Disappearers, de Marlon James (Jamaïque, Hamish Hamilton) ;
- Black Bag, de Luke Kennard (Angleterre, John Murray) ;
- May We Feed the King, de Rebecca Perry (Angleterre, Granta) ;
- The Things We Never Say, d’Elizabeth Strout (États-Unis, Viking) ;
- John of John, de Douglas Stuart (Écosse, Picador).
Sept titres de la première liste ont donc été écartés, parmi lesquels The Shadow of the Object de Chloe Aridjis et Switzy d’Emma Cline, deux livres qui avaient, selon le New Statesman, conquis un lectorat fidèle. Chacun des six finalistes reçoit 2 500 livres sterling et une édition reliée de son livre ; le lauréat recevra 50 000 livres lors d’une cérémonie organisée le lundi 9 novembre à Old Billingsgate, à Londres.
Présidé par l’historienne de l’Antiquité Mary Beard, le jury réunit le poète Raymond Antrobus, le musicien et écrivain Jarvis Cocker, la critique Rebecca Liu et la romancière Patricia Lockwood. Dans sa déclaration, Mary Beard décrit des romans qui vont « de l’hilarant au dérangeant, de l’étrangeté effrayante au domestique inquiétant », écrits par des auteurs nés à quarante ans d’intervalle, et résume : « C’est l’écriture à son meilleur. »
Des anciens lauréats face à de nouveaux venus
La liste mêle des noms consacrés et des voix nouvelles. Marlon James a remporté le prix en 2015 avec A Brief History of Seven Killings ; Douglas Stuart, en 2020, avec Shuggie Bain, qui était alors son premier roman. Si l’un d’eux l’emportait, il rejoindrait un cercle très fermé : seuls quatre écrivains ont obtenu le Booker à deux reprises, J. M. Coetzee (1983 et 1999), Peter Carey (1988 et 2001), Hilary Mantel (2009 et 2012) et Margaret Atwood (2000 et 2019). Elizabeth Strout, lauréate du prix Pulitzer, avait déjà été finaliste en 2022 pour Oh William! et sélectionnée en 2016 pour My Name is Lucy Barton.
À l’autre extrémité, trois auteurs figurent pour la première fois dans une sélection finale. Rebecca Perry, poétesse, y entre avec un premier roman, déjà couronné en juillet par le Waterstones Debut Fiction Prize ; la fondation rappelle que six premiers romans seulement ont remporté le Booker en 57 ans. Luke Kennard, poète et professeur d’écriture créative à l’université de Birmingham, signe son troisième roman. M. John Harrison, auteur de treize romans et lauréat de l’Arthur C. Clarke Award comme du Goldsmiths Prize, deviendrait à 81 ans le plus âgé des lauréats de l’histoire du prix, devant Margaret Atwood, qui en avait 79 lors de sa victoire partagée de 2019.
Ce que racontent les six romans
Les livres couvrent un large éventail de genres, de la dystopie au réalisme contemporain, du roman de campus au roman historique. The End of Everything suit un récupérateur d’épaves qui survit sur la côte du Kent, dans une Grande-Bretagne post-apocalyptique marquée par l’effondrement social et une mystérieuse invasion extraterrestre ; le jury y voit un livre qui peut se lire à la fois comme « un thriller, un roman à énigme, une satire, une dystopie, un road novel, une œuvre réaliste ». Avec The Disappearers, Marlon James revient dans la Jamaïque de la fin du XXe siècle : le roman part d’une attaque homophobe contre un groupe d’hommes qui préparent une pièce de théâtre à Kingston, en 1988.
Black Bag s’inspire d’une expérience de psychologie réellement menée en 1967 : un acteur sans emploi accepte d’assister à un trimestre de cours enfermé dans un grand sac noir. Interrogé par NPR, Luke Kennard explique que le professeur y teste « l’effet de simple exposition », c’est-à-dire « l’idée que nous nous attachons aux choses du seul fait de les rencontrer encore et encore, même si elles nous déplaisent d’abord ». May We Feed the King alterne le destin d’un monarque réticent dans une cour médiévale sans nom et le travail d’une conservatrice qui monte aujourd’hui une exposition dans un palais historique ; le jury salue un roman qui « ébranle l’idée qu’il existerait une seule vérité historique universelle ».
The Things We Never Say met en scène Artie Dam, professeur du Massachusetts à la vie apparemment confortable mais rongé par la solitude, dans la période qui précède l’élection présidentielle américaine de 2024 ; le jury évoque un livre qui aborde « la politique profondément clivante de l’Amérique actuelle sans devenir lui-même clivant ». Enfin, John of John raconte le retour d’un jeune diplômé en art sur l’île de Harris, dans les Hébrides extérieures, auprès d’un père austère, au sein d’une communauté calviniste des années 1990.
Le Booker, un prix devenu mondial
Fondé au Royaume-Uni en 1969, le Booker Prize récompense un seul roman par an. Il n’a pas toujours été ouvert à tous : à sa création, seuls les écrivains du Commonwealth, d’Irlande et d’Afrique du Sud (puis du Zimbabwe) pouvaient concourir. Depuis 2014, tout roman écrit en anglais et publié au Royaume-Uni ou en Irlande est éligible, quelle que soit la nationalité de son auteur — une réforme qui fut alors contestée. La sélection 2026 illustre cette ouverture : elle réunit des auteurs de quatre pays (Angleterre, Écosse, Jamaïque et États-Unis), dont plusieurs vivent aux États-Unis. Le prix est distinct de l’International Booker Prize, qui distingue des œuvres traduites en anglais.
Comme les grands prix d’automne français, le Booker procède par sélections successives, qui entretiennent l’attention des lecteurs et des libraires pendant plusieurs mois. La victoire apporte en outre un retentissement international qui se traduit généralement par une forte hausse des ventes.
Pour comprendre
- Littérature anglaise contemporaine : repères sur la littérature écrite en anglais et ses distinctions nationales (anglaise, écossaise, irlandaise, américaine), utiles pour lire une sélection qui mêle ces traditions.
- Littérature de science-fiction : l’histoire du genre dont M. John Harrison est l’une des figures, et auquel se rattache The End of Everything.
- Fiction : définition du terme dans le dictionnaire du réseau Savoir.fr.
Sources
- The Booker Prizes, « The Booker Prize 2026 » (annonce de la sélection finale), 22 septembre 2026
- The Booker Prizes (Paul Davies et Donna Mackay-Smith), « Everything you need to know about the Booker Prize 2026 shortlist », 22 septembre 2026
- NPR (Meghan Collins Sullivan), « The 2026 Booker Prize shortlist is ‘writing at its best’ », 22 septembre 2026
- New Statesman, « The Booker Prize 2026 shortlist », 22 septembre 2026
- Literary Hub, « Here’s the shortlist for the 2026 Booker Prize », 22 septembre 2026
- Wikipédia (en), « Booker Prize » (historique et règles d’éligibilité)
Rédaction Savoir.fr
vous devez être connecter pour déposer un commentaire connecter