Climat et santé : le Lancet Countdown 2026 alerte sur des dégâts en accélération
Publié dans The Lancet et relayé le 28 octobre 2026 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le rapport mondial 2026 du Lancet Countdown dresse un constat sévère : dix ans après l’entrée en vigueur de l’accord de Paris, nombre d’effets du changement climatique sur la santé progressent plus vite que la réponse internationale. Pour la première fois, ses auteurs chiffrent la part des décès liés à la chaleur directement imputable au réchauffement d’origine humaine.
Un observatoire de la santé face au climat
Le Lancet Countdown est une collaboration scientifique internationale pilotée par l’University College London (UCL), conduite en partenariat stratégique avec l’OMS. Son rapport 2026, le dixième de la série, réunit 146 chercheurs et suit 54 indicateurs, dont quatre nouveaux cette année. Chaque indicateur mesure un maillon précis de la chaîne qui relie le climat à la santé humaine : exposition des populations aux fortes chaleurs, sécheresses, pertes de travail, pollution de l’air, mais aussi politiques d’adaptation, financements ou évolution du mix énergétique.
L’intérêt d’un tel dispositif tient à sa continuité. En reconduisant chaque année les mêmes mesures, les auteurs peuvent comparer des périodes entre elles. Le rapport 2026 confronte ainsi la décennie qui a suivi l’accord de Paris à celle qui l’a précédée, et conclut que de nombreux risques sanitaires d’origine climatique se sont aggravés plus rapidement au cours de la seconde. Le texte est publié juste avant la COP31, la conférence des Nations unies sur le climat, dont l’OMS annonce un « pavillon santé » du 9 au 20 novembre 2026.
La chaleur, un risque désormais attribué
Le chiffre le plus commenté concerne la mortalité liée à la chaleur. Selon le rapport, plus d’un demi-million de décès par an ont été associés à la chaleur entre 2016 et 2023, dont 68 % sont attribués au changement climatique d’origine humaine, soit près de 3 millions de morts sur la période. L’OMS souligne que le nombre annuel moyen de décès liés à la chaleur a augmenté de près de 36 % dans les années postérieures à l’accord de Paris par rapport à la décennie précédente. L’année 2023 constitue un record : environ 710 000 décès y ont été associés à la chaleur, dont plus de 70 % imputables au réchauffement anthropique.
Ces chiffres relèvent de la science de l’attribution. Il ne s’agit pas de décès constatés un par un sur des certificats, mais d’estimations statistiques : les chercheurs modélisent la relation entre température et mortalité, puis comparent le climat observé à un climat de référence dans lequel le réchauffement causé par les activités humaines n’aurait pas eu lieu. L’écart entre les deux scénarios donne la part des décès que l’on peut imputer au changement climatique. C’est la première fois que le Lancet Countdown publie une telle attribution directe.
Le fardeau est inégalement réparti. Les pays en développement présentent la plus forte part de décès liés à la chaleur, ce qui, selon les auteurs, reflète « les effets néfastes disproportionnés du changement climatique sur ceux qui en sont le moins responsables ».
Sécheresses, travail perdu et coût économique
Au-delà de la mortalité, le rapport décrit une dégradation des conditions de vie. En 2025, la sécheresse a touché plus de la moitié des terres émergées de la planète pendant au moins un mois. L’exposition à la chaleur a fait perdre 573 milliards d’heures de travail potentielles la même année, pour une perte de revenus estimée à 1 070 milliards de dollars.
Les causes de fond demeurent : les combustibles fossiles fournissent encore environ 80 % de l’énergie mondiale, et les émissions liées à l’énergie ont atteint un niveau record en 2024. Les auteurs jugent l’action mondiale « largement insuffisante » et ajoutent qu’un épisode El Niño sévère menace d’aggraver les effets du changement climatique. L’OMS indique d’ailleurs mobiliser depuis septembre une réponse d’urgence graduée face à l’événement El Niño en cours.
Des bénéfices sanitaires réels, une « urgence » à qualifier
Le rapport ne se limite pas à un inventaire des dommages. Les investissements mondiaux dans les énergies propres ont atteint le record de 2 100 milliards de dollars en 2025. L’amélioration de la qualité de l’air aurait permis d’éviter 400 000 décès en 2023 par rapport à 2016, et un nombre croissant de pays se dotent de plans nationaux d’adaptation sanitaire et de systèmes d’alerte précoce tenant compte du climat. « L’action climatique est une intervention de santé », résume Diarmid Campbell-Lendrum, responsable de l’unité Changement climatique, qualité de l’air, énergie et santé de l’OMS.
Les auteurs demandent que le changement climatique soit formellement reconnu comme une « urgence sanitaire mondiale » et que la santé soit intégrée à toutes les décisions d’atténuation, d’adaptation et de financement. Cette formule appelle une précision. En droit international, l’OMS dispose d’un statut précis, l’urgence de santé publique de portée internationale, défini par le Règlement sanitaire international (2005) comme un événement extraordinaire constituant un risque pour la santé publique d’autres États par la propagation internationale de maladies et pouvant exiger une action coordonnée. L’OMS rappelle que des événements d’origine climatique peuvent relever de ce cadre ; l’appel du Lancet Countdown, lui, est d’abord politique et vise à faire de la santé un argument central des négociations climatiques.
Pour comprendre
- La notion de mortalité et la manière dont on la mesure à l’échelle d’une population.
- Le coup de chaleur : mécanismes et populations les plus exposées (pour toute question de santé, se référer aux autorités sanitaires et à un professionnel de santé).
- La chaleur et le réchauffement climatique : pourquoi les épisodes de forte chaleur deviennent plus fréquents et plus intenses.
Sources
- Organisation mondiale de la santé, « Climate change is a growing health emergency, Lancet Countdown warns », 28 octobre 2026 : who.int
- Lancet Countdown, « The 2026 Global Report of the Lancet Countdown on Health and Climate Change », The Lancet, 2026 : lancetcountdown.org
- Charlotte King et Nathan Morris, « Global Lancet study counts almost 3 million climate change-related deaths », ABC News (Australie), 28 octobre 2026 : abc.net.au
Rédaction Savoir.fr


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