Légionellose : New York déclare terminée l’épidémie qui a fait sept morts
Le département de la santé de New York a annoncé le 31 juillet 2026 la fin de l’exposition liée au foyer de légionellose de l’Upper East Side : 92 personnes diagnostiquées, 79 hospitalisations et sept décès depuis le début du mois de juillet. L’enquête a conduit à faire vidanger, nettoyer et désinfecter les tours aéroréfrigérantes de 83 immeubles. Cet épisode, l’un des plus meurtriers qu’ait connus la ville, éclaire le fonctionnement d’une maladie que la France notifie près de deux mille fois par an.
Ce qu’a annoncé la ville de New York
Dans un communiqué publié le 31 juillet 2026, le département de la santé et de l’hygiène mentale de New York (NYC Health Department) indique que « la période d’incubation des nouveaux cas est écoulée » et qu’il n’existe plus de risque accru d’exposition dans les codes postaux 10028, 10075 et 10128, qui couvrent les quartiers de Carnegie Hill et Yorkville, sur l’Upper East Side de Manhattan. L’argument est épidémiologique : la maladie se déclare deux à quatorze jours après l’exposition, et le dernier début de symptômes rapporté remontait à quinze jours. Selon les données publiées par la ville, aucun cas n’a été diagnostiqué après le 21 juillet.
Le bilan arrêté au 30 juillet fait état de 92 cas associés au foyer, de 79 hospitalisations — cinq personnes étaient encore hospitalisées — et de sept décès. « Dès l’instant où nous avons identifié un foyer communautaire potentiel, nous avons mobilisé plus de 260 agents du département, testé chaque tour aéroréfrigérante de la zone concernée et ordonné à chaque immeuble dont le test initial était positif de nettoyer et désinfecter immédiatement sa tour, avant même que la présence de bactéries vivantes ne soit confirmée », a déclaré le commissaire à la santé de la ville, le docteur Alister F. Martin.
Les chiffres de l’enquête environnementale donnent la mesure du dispositif : 183 tours réparties dans 160 immeubles ont été testées ; 77 d’entre elles se sont révélées positives par PCR, c’est-à-dire porteuses de traces génétiques de la bactérie ; 59, dans 58 immeubles, ont été confirmées positives en culture, signe de bactéries vivantes ; 124 sont revenues négatives. Toutes les tours positives ont été assainies. Les inspections menées ensuite ont donné lieu à plus de 110 infractions, dont plus de quinze qualifiées de dangers pour la santé publique ; 60 % des inspections ont relevé au moins un manquement. Une tour située au 300 East 83rd Street n’avait jamais été enregistrée auprès de la ville et n’avait fait l’objet d’aucun prélèvement depuis plus d’un an : onze infractions et 11 000 dollars d’amendes ont été notifiés à ses propriétaires.
La ville met par ailleurs en avant un choix de méthode : la publication, dès le 10 juillet, de la liste des immeubles dont les tours étaient positives par PCR — un degré de transparence jusqu’alors inédit lors d’un foyer communautaire. Elle affirme que cette publication a fait grimper à 97 % le taux de conformité à la nouvelle obligation de test mensuel des tours aéroréfrigérantes.
Une bactérie d’eau tiède, des aérosols, aucune contagion
La légionellose est une pneumonie provoquée par des bactéries du genre Legionella, qui se développent dans les eaux tièdes. Elle se contracte en inhalant des microgouttelettes d’eau contaminée en suspension dans l’air, rappelle le département de la santé de New York, qui insiste sur trois points souvent mal compris. La maladie n’est pas contagieuse : elle ne se transmet pas d’une personne à l’autre. Elle ne s’attrape pas en buvant de l’eau du robinet, en cuisinant ou en utilisant un climatiseur, l’air refroidi ne véhiculant pas la bactérie. Enfin, la plupart des personnes exposées ne tombent pas malades ; la maladie survient plutôt après une exposition forte ou répétée, chez des personnes présentant un risque accru — âge de 50 ans ou plus, tabagisme, maladie chronique du cœur, des poumons, des reins ou du foie, diabète, immunité affaiblie.
Reste la question du vecteur. Les tours aéroréfrigérantes, installées en toiture pour évacuer la chaleur des systèmes de climatisation des grands immeubles, fonctionnent en faisant ruisseler de l’eau dans un flux d’air : elles produisent, par construction, un panache d’aérosols pouvant être dispersé sur plusieurs centaines de mètres. Une eau stagnante et tiède, mal traitée, y devient un milieu de culture. C’est ce qui explique la saisonnalité estivale de ces foyers urbains et la logique de la réponse new-yorkaise, entièrement tournée vers l’identification et l’assainissement des installations, plutôt que vers des mesures visant la population.
En France, près de deux mille cas notifiés chaque année
La légionellose est en France une maladie à déclaration obligatoire, suivie par Santé publique France. Selon le bilan national des cas notifiés en 2024, publié le 24 septembre 2025, 1 939 cas ont été enregistrés, soit un taux de notification de 2,8 cas pour 100 000 habitants, en recul de 12 % par rapport à 2023. Cent soixante décès ont été rapportés, ce qui correspond à une létalité de 9 %. Le diagnostic repose très majoritairement sur la recherche d’antigène urinaire (91 % des cas), la PCR n’intervenant que dans 5 % d’entre eux. Deux régions se détachent : Provence-Alpes-Côte d’Azur (3,9 cas pour 100 000 habitants) et Auvergne-Rhône-Alpes (3,7).
Un chiffre résume la difficulté de ces enquêtes : 63 % des cas notifiés en 2024 ne rapportaient aucune exposition à risque identifiée. Autrement dit, dans près de deux tiers des situations, la source demeure inconnue — d’où l’importance des dispositifs de surveillance environnementale, seuls capables de relier des malades dispersés à une installation commune. Santé publique France qualifie du reste l’épisode survenu à Albertville (Savoie) à l’automne 2025 de plus important épisode de légionellose enregistré dans le pays depuis deux décennies.
Pour comprendre
- La légionellose : origine de la bactérie, formes cliniques et modes de contamination.
- La pneumonie : ce que recouvre l’atteinte pulmonaire dont la légionellose est une forme.
- Définition d’une épidémie et du vocabulaire de la surveillance sanitaire.
Cet article a une visée d’information générale. Toute personne concernée par des symptômes doit s’adresser à un professionnel de santé et se référer aux informations des autorités sanitaires compétentes.
Sources
- NYC Health Department, « NYC Health Department Declares Upper East Side Legionnaires’ Disease Cluster Exposure Has Ended », communiqué du 31 juillet 2026
- NYC Health Department, page « Legionnaires’ Disease » (données de l’enquête et facteurs de risque, mise à jour du 30 juillet 2026)
- Santé publique France, « Légionellose en France. Bilan des cas notifiés en 2024 », publié le 24 septembre 2025
- Santé publique France, dossier « Légionellose »
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