Mort de René Belletto, prix Femina 1986 pour « L’Enfer »
L’écrivain René Belletto est mort dimanche 25 octobre 2026, à 81 ans, a annoncé son éditeur P.O.L le lendemain. Auteur d’une œuvre qui a frayé entre roman noir, fantastique et réflexion sur la musique, il avait reçu en 1986 le prix Femina et le prix du Livre Inter pour « L’Enfer ».
Une disparition annoncée par son éditeur
Selon ActuaLitté, qui publie l’information le 26 octobre 2026, les éditions P.O.L ont exprimé leur « très grande tristesse » et rappelé les vingt-deux ouvrages publiés par l’auteur dans la maison. L’annonce a été relayée le même jour par 20 Minutes et l’AFP, qui précisent que le décès est survenu un dimanche, à 81 ans. Le lieu du décès n’est pas indiqué dans les sources consultées.
René Belletto était né le 11 septembre 1945 à Lyon, d’une famille d’origines espagnole et italo-française. Il a fait des études de lettres, a été professeur de guitare puis professeur de lettres, et a tenu, de 1976 à 1982, la chronique cinéma de Lyon Poche sous le pseudonyme de François Labret. Installé à Paris depuis 1978, il a gardé Lyon comme décor majeur de ses livres. Guitariste, passionné de musicologie, il a souvent fait apparaître Jean-Sébastien Bach dans son œuvre.
Du fantastique au roman noir
Sa carrière commence en 1974 avec Le Temps mort, un recueil de nouvelles fantastiques couronné par le prix Jean-Ray, réédité chez P.O.L en 2006. Il publie ensuite Les Traîtres mots ou Sept aventures de Thomas Nylkan (Flammarion, 1976), puis Livre d’histoire (1978) et Film noir (1980), que P.O.L a réédités en 2011.
Le début des années 1980 voit s’affirmer ce qu’on appelle sa « trilogie lyonnaise » : Le Revenant, prix de l’été VSD-Radio Monte-Carlo, Sur la terre comme au ciel, qui obtient le Grand Prix de littérature policière en 1983, puis L’Enfer, en 1986. Le Larousse rapproche cette veine du roman noir américain de David Goodis et de William Irish, selon ActuaLitté.
Le roman noir, dans la tradition policière, privilégie l’atmosphère, la fatalité et l’ambiguïté morale des personnages plutôt que la seule résolution d’une énigme. Le fantastique, lui, introduit dans le réel une irruption inexplicable. Belletto a fait de ces deux registres un terrain commun, et la dépêche relayée par Yahoo le présente à la fois comme auteur de polars et de science-fiction.
« L’Enfer » : une année de consécration
En 1986, L’Enfer (P.O.L) reçoit le prix Femina, le prix du Livre Inter et le prix Gutenberg du meilleur suspense. Le roman, dont le héros est l’ancien pianiste Michel Soler, a été traduit en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Brésil et en Corée du Sud. Le même roman a ainsi été distingué par deux prix de nature différente, le Femina et le Livre Inter.
Son œuvre a aussi gagné l’écran. Sur la terre comme au ciel a inspiré Péril en la demeure (1985) de Michel Deville, avec notamment Christophe Malavoy, Nicole Garcia et Michel Piccoli ; selon 20 Minutes, le film a valu à son réalisateur le César du meilleur réalisateur en 1986. La Machine (P.O.L, 1990), roman dans lequel un psychiatre conçoit un appareil capable de transférer l’esprit d’une personne dans un autre corps, a été adapté en 1994 par François Dupeyron, avec Gérard Depardieu, Nathalie Baye et Didier Bourdon. Belletto a par ailleurs écrit deux scénarios pour la série Le Lyonnais.
Une œuvre qui ne se réduisait pas au genre
Chez P.O.L, il a poursuivi avec Les Grandes Espérances de Charles Dickens (1994, 656 pages), une seconde trilogie noire composée de Régis Mille l’éventreur (1996), Ville de la peur (1997) et Créature (2000), puis Mourir (2002), Petit traité de la vie et de la mort (2003), Coda (2005), Hors la loi (2010), Le Livre (2014) et Être (2018). Son dernier livre, Jean-Sébastien Bach, paru en novembre 2023, est un essai en courts textes consacré au compositeur. Il avait également traduit Tim Burton (La Triste Fin du petit enfant huître et autres histoires, 10/18).
Cette trajectoire illustre une constante : l’auteur n’a cessé de déplacer les frontières du roman, passant de la fiction de genre à une écriture plus méditative sur la mort, l’être et la musique.



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