Chaleur humide : 560 millions d’enfants exposés à un mois de plus chaque année
Une étude publiée le 26 août 2026 dans la revue Science Advances chiffre pour la première fois, âge par âge, la part du réchauffement d’origine humaine dans l’exposition mondiale à la chaleur humide. Le résultat est net : ce sont les plus jeunes qui paient le tribut le plus lourd. Selon les auteurs, jusqu’à 560 millions d’enfants de moins de dix ans subissent chaque année au moins un mois de stress thermique qui n’aurait pas eu lieu sans le changement climatique.
Ce que l’étude mesure exactement
Le travail a été conduit par une équipe internationale coordonnée par la Vrije Universiteit Brussel (VUB), avec l’ETH Zurich, l’université d’Oxford, l’université de Waikato et le Potsdam Institute for Climate Impact Research. La première auteure est Rosa Pietroiusti, doctorante à la VUB ; l’auteur principal est le professeur Wim Thiery. La référence est enregistrée sous le DOI 10.1126/sciadv.aeb3232.
La méthode relève de ce que l’on appelle la science de l’attribution : il ne s’agit pas de décrire le climat tel qu’il est, mais de le comparer à un climat contrefactuel — celui qui aurait existé sans les émissions humaines de gaz à effet de serre. L’écart entre les deux mondes simulés donne la part imputable au réchauffement. Les chercheurs ont ensuite croisé cette différence avec la répartition démographique mondiale de 2023, année où le réchauffement anthropique est estimé à environ 1,3 °C par rapport à l’ère préindustrielle.
L’indicateur retenu n’est pas la température de l’air mais le WBGT (wet-bulb globe temperature, ou température au thermomètre-globe mouillé), un indice composite qui intègre l’humidité, le rayonnement et le vent. Une journée est comptée comme « jour de stress thermique » lorsque le WBGT à l’ombre dépasse 28 °C, seuil à partir duquel les recommandations sanitaires préconisent de réduire l’activité physique et d’aménager des périodes de repos.
Deux formulations des résultats circulent, toutes deux issues du même article. Le communiqué de la VUB retient le critère d’au moins trente jours supplémentaires : 560 millions d’enfants de 0 à 9 ans, soit 43 % de cette classe d’âge. Le média spécialisé Carbon Brief met en avant un seuil plus bas, celui de vingt jours supplémentaires, qui concerne 580 millions d’enfants, soit 44 %. Les deux chiffres décrivent la même réalité vue à deux hauteurs de curseur.
Un écart d’exposition entre les générations
L’apport principal de l’étude tient à la comparaison entre classes d’âge. Le même surcroît d’au moins un mois de stress thermique annuel touche 190 millions de personnes âgées de 60 à 69 ans, soit 30 % de cette tranche : l’exposition des enfants est près de trois fois supérieure en effectif. Sur les expositions les plus lourdes, l’écart se creuse encore : d’après Carbon Brief, 11 % des moins de dix ans connaissent aujourd’hui au moins cent jours de stress thermique par an, contre 6 % des 60-69 ans.
Cette asymétrie tient d’abord à la géographie. Les hausses de chaleur humide les plus fortes se concentrent dans les régions tropicales et dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, où les pyramides des âges sont larges à la base. L’Asie du Sud, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique de l’Ouest rassemblent ainsi les plus gros effectifs d’enfants exposés — des populations dont la contribution historique aux émissions de gaz à effet de serre est parmi les plus faibles.
Elle tient ensuite à la physiologie. La thermorégulation d’un jeune enfant est moins efficace que celle d’un adulte : rapport surface corporelle sur masse plus élevé, métabolisme de base plus intense, capacité de sudation plus faible par unité de poids, et dépendance complète à un adulte pour boire, se mettre à l’ombre ou changer de vêtement. Or la chaleur humide est précisément celle qui neutralise la sueur : lorsque l’air est saturé, l’évaporation cutanée — principal mécanisme de refroidissement du corps humain — ne fonctionne plus. Les auteurs rappellent les conséquences documentées : déshydratation, coup de chaleur, atteintes rénales, mais aussi effets sur l’apprentissage et le développement cognitif.
Rosa Pietroiusti nuance toutefois la portée de l’indicateur : le WBGT est, selon elle, une métrique de stress thermique bien établie, mais qui n’a pas été définie spécifiquement pour les enfants — les seuils de danger propres aux organismes en croissance restent un chantier de recherche.
Ce que changent 0,5 °C supplémentaires
L’équipe a rejoué le calcul pour deux niveaux de réchauffement futur. À +1,5 °C, 620 millions d’enfants (49 %) subiraient au moins un mois supplémentaire de stress thermique, et 390 millions (31 %) au moins cinq mois de stress thermique au total. À +2 °C, ces effectifs passent respectivement à 650 millions (59 %) et 420 millions (37 %). À titre de comparaison, la situation actuelle expose déjà 350 millions d’enfants (27 %) à cinq mois ou plus, contre 120 millions (9 %) dans le monde sans émissions humaines.
Le demi-degré qui sépare les deux trajectoires n’a donc rien d’anecdotique : il fait basculer des dizaines de millions d’enfants supplémentaires vers des expositions prolongées. C’est l’argument que met en avant Wim Thiery, pour qui les décideurs doivent réduire d’urgence les émissions fossiles et contenir le réchauffement conformément à l’accord de Paris.
Pour comprendre
Le mécanisme de fond — l’accumulation de gaz à effet de serre et la montée des températures moyennes — est détaillé dans notre dossier sur la chaleur et le réchauffement climatique. Pour la physiologie mise en jeu, la fiche consacrée aux dépenses de thermorégulation explique comment l’organisme dissipe sa chaleur et ce que coûte cet effort. Enfin, l’accident aigu que redoutent les auteurs de l’étude est décrit dans notre article sur le coup de chaleur.
Sources
- Vrije Universiteit Brussel — communiqué « Climate change exposes up to 560 million children worldwide to extreme heat for at least one month longer each year » (26 août 2026)
- Pietroiusti R. et al., Science Advances, DOI 10.1126/sciadv.aeb3232 (26 août 2026)
- Carbon Brief — « Climate change exposes 580 million children to 20 extra « heat-stress days » every year » (27 août 2026)
- Phys.org — « Climate change exposes up to 560 million children globally to at least one additional month of dangerous heat per year » (27 août 2026)
- Euronews — « Climate change leaves 560 million children facing extra heat stress every year, study finds » (28 août 2026)
- University of Stirling — « Children face disproportionate heat threat from climate change, study finds » (août 2026)
Rédaction Savoir.fr
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