SpaceX achève la constellation O3b mPOWER de SES lors du 700e vol d’une Falcon
Le 13 septembre 2026, une fusée Falcon 9 de SpaceX a placé en orbite les trois derniers satellites O3b mPOWER de l’opérateur luxembourgeois SES. Ce tir, le 700e d’une fusée de la famille Falcon, achève une constellation de treize engins en orbite terrestre moyenne, à mi-chemin entre les essaims en orbite basse comme Starlink et les satellites géostationnaires classiques. Retour sur l’événement et sur les notions qu’il mobilise : orbite moyenne, latence, réutilisation des lanceurs.
Un tir de routine aux allures de jalon
Le décollage a eu lieu à 14 h 49, heure de Floride (18 h 49 UTC, soit 20 h 49 à Paris), depuis le complexe de lancement 40 (SLC-40) de la base spatiale de Cap Canaveral, au début d’une fenêtre de 87 minutes. Selon le site spécialisé Spaceflight Now, qui a suivi la mission en direct, il s’agissait du 700e lancement d’une fusée Falcon, toutes versions confondues : 687 Falcon 9 et 13 Falcon Heavy. Le vol marquait aussi le 400e lancement orbital effectué depuis le SLC-40, dont 345 par SpaceX.
Le premier étage employé, immatriculé B1080, effectuait son 29e vol. Il s’est posé sur la barge « A Shortfall of Gravitas » un peu plus de huit minutes et demie après le décollage. Spaceflight Now comptabilise ainsi la 166e récupération sur ce navire et la 661e récupération d’un premier étage Falcon depuis les débuts du programme. Les trois passagers, désignés F11, F12 et F13, affichent chacun une masse à sec de 1 900 kg et ont été construits par Boeing.
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O3b mPOWER : treize satellites pour « les trois autres milliards »
Le nom O3b signifie « Other 3 billion », en référence aux trois milliards d’habitants de la planète privés d’un accès stable à Internet lors de la conception du projet. La première génération de cette constellation, vingt satellites construits par Thales Alenia Space et lancés par des Soyouz depuis la Guyane entre 2013 et 2019, circule à 8 063 km d’altitude. La société O3b Networks est devenue une filiale à part entière de SES en 2016.
O3b mPOWER en est la deuxième génération. Bâtis sur la plate-forme Boeing 702X à propulsion entièrement électrique, ces satellites dits « définis par logiciel » peuvent former jusqu’à 5 000 faisceaux orientables en bande Ka, à environ 8 000 km d’altitude, pour couvrir la zone comprise entre 50° de latitude nord et 50° de latitude sud. Les paires précédentes ont été lancées en décembre 2022, avril 2023, novembre 2023, décembre 2024 et juillet 2025, toujours par SpaceX.
Le programme n’a pas été exempt de difficultés. Les premiers exemplaires ont souffert d’anomalies électriques réduisant leur capacité et leur durée de vie ; SES et Boeing ont, selon SatNews, repensé des composants du système d’alimentation des derniers satellites et adapté le routage logiciel pour préserver la redondance de la constellation. Les trois engins étaient arrivés à Cap Canaveral le 3 septembre, en provenance des usines Boeing d’El Segundo, en Californie.
Dans son communiqué daté du 13 septembre, SES indique que les nouveaux venus rejoindront les dix satellites O3b mPOWER déjà en service, pour offrir des débits « de quelques dizaines de mégabits à plusieurs gigabits par seconde » aux entreprises, aux gouvernements, aux opérateurs télécoms et aux secteurs de la mobilité, notamment dans les zones isolées. « Ce lancement marque une étape décisive pour SES, car nous achevons la constellation O3b mPOWER et renforçons encore nos capacités en orbite moyenne », déclare Adel Al-Saleh, directeur général du groupe. Avant d’être exploités, les satellites devront toutefois rehausser eux-mêmes leur orbite grâce à leur propulsion électrique puis subir une campagne de tests : la mise en service est attendue pour la mi-2027.
Pourquoi choisir l’orbite moyenne ?
Les satellites de télécommunications se répartissent en trois grandes familles selon leur altitude. En orbite basse, à quelques centaines de kilomètres, les signaux font l’aller-retour très rapidement, mais chaque satellite ne survole un point donné que quelques minutes : il faut donc des centaines, voire des milliers d’engins pour assurer une couverture continue. À l’opposé, un satellite géostationnaire, dont la période de révolution égale la rotation de la Terre, paraît immobile dans le ciel et couvre à lui seul un tiers de la planète, au prix d’un délai de transmission bien plus long, la distance à parcourir étant considérable.
L’orbite moyenne constitue un compromis. À quelque 8 000 km d’altitude, un satellite O3b boucle un tour de Terre en 287,9 minutes, soit environ cinq révolutions par jour, et reste visible assez longtemps pour qu’une constellation d’une dizaine d’engins suffise à couvrir les latitudes habitées. SatNews rapporte une latence aller-retour inférieure à 150 millisecondes pour O3b mPOWER, ce qui autorise les usages interactifs comme la visioconférence ou les transactions en ligne. Contrepartie de ce choix : les antennes au sol doivent suivre les satellites dans leur déplacement et passer de l’un à l’autre sans coupure, une contrainte qui destine ces services aux clients professionnels plutôt qu’au grand public.
Xavier Bertran, directeur produit de SES, cité par Spaceflight Now, résume l’enjeu : la constellation achevée « renforce notre leadership éprouvé en orbite moyenne tout en faisant avancer notre feuille de route d’innovation ». SES, qui exploite par ailleurs une flotte géostationnaire, mise ainsi sur une offre « multi-orbites », combinant les avantages de chaque altitude.
Ce que révèle ce 700e vol
Au-delà du client du jour, les chiffres du lancement illustrent la banalisation de la réutilisation des lanceurs. Un premier étage volant pour la 29e fois et 661 récupérations cumulées étaient impensables il y a une décennie, quand chaque fusée était perdue après usage. Cette cadence explique que SpaceX ait pu enchaîner le 700e tir d’une Falcon avec un vol qui n’a mobilisé qu’une attention limitée : le lancement de satellites est devenu une activité industrielle presque ordinaire.
Pour l’Europe, l’événement rappelle également la place singulière de SES. L’opérateur luxembourgeois, historiquement implanté dans la télévision par satellite, s’appuie désormais sur ses constellations en orbite moyenne pour les marchés de la connectivité, et il conduit le consortium SpaceRISE retenu par la Commission européenne pour la future constellation souveraine IRIS², selon sa salle de presse.
Pour comprendre
- Orbite : définition de la trajectoire d’un corps autour d’un astre, notion clé pour distinguer orbites basse, moyenne et géostationnaire.
- Latence : le délai de transmission d’un signal, critère qui départage les architectures satellitaires.
- Constellation : du groupe d’étoiles à l’ensemble coordonné de satellites, histoire d’un mot à double sens.
Sources
- Spaceflight Now, « SpaceX launches 700th Falcon rocket, carries final 3 O3b mPOWER satellites to orbit for SES », 13 septembre 2026
- Communiqué SES, « SES’s Final Three O3b mPOWER Satellites Successfully Launched », Luxembourg, 13 septembre 2026 (relayé par Runway Girl Network)
- SatNews, « Final Three SES O3b mPOWER Satellites Arrive at Cape Canaveral Ahead of Falcon 9 Launch », 3 septembre 2026
- Wikipédia (en), « O3b mPOWER » et « O3b (satellite) », pour l’historique de la constellation
- SES, salle de presse (SpaceRISE / IRIS²)
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