Le taux à 10 ans américain à 5,25 %, au plus haut depuis 2007
Le rendement des obligations du Trésor américain à dix ans a clôturé autour de 5,25 % le lundi 28 septembre 2026, son plus haut niveau depuis 2007. La hausse du pétrole, après le rejet par Washington d’une proposition iranienne sur la réouverture du détroit d’Ormuz, s’ajoute à une inflation persistante et à une Réserve fédérale revenue aux hausses de taux. Retour sur un indicateur central de la finance mondiale et sur ce qu’il signifie.
Une séance de tension sur les marchés obligataires
Selon le suivi en direct publié par Yahoo Finance, le taux à dix ans américain a terminé la séance du 28 septembre entre 5,24 % et 5,25 %, en hausse de six à près de dix points de base, un niveau inédit depuis 2007. Le mouvement a touché l’ensemble de la courbe : le rendement à trente ans a atteint environ 5,56 %, son plus haut depuis 2004, et celui à deux ans, plus sensible aux anticipations de politique monétaire, s’est établi à 4,93 %. Les actions ont reculé dans le même temps : − 0,7 % pour le Dow Jones, − 0,8 % pour le S&P 500 et − 0,9 % pour le Nasdaq.
Le déclencheur immédiat est géopolitique. Le président Donald Trump a rejeté la proposition de cessez-le-feu de sept jours avancée par l’Iran en vue de rouvrir le détroit d’Ormuz, par lequel transitait, avant le conflit, environ un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié échangés dans le monde. Le Brent a brièvement dépassé 100 dollars le baril ; des négociations devaient toutefois reprendre dans la semaine. Le même jour, la gouverneure de la Réserve fédérale Lisa Cook déclarait s’attendre à « une pression continue sur l’inflation » liée à la fois aux investissements massifs dans l’intelligence artificielle et à la répercussion de la hausse des prix du pétrole.
Ce record n’est pas isolé. Le 15 septembre, le taux à dix ans avait franchi pour la première fois depuis 2007 la barre symbolique des 5 %, touchant 5,04 % en séance. Le lendemain, 16 septembre, le comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) relevait à l’unanimité de ses douze membres votants son taux directeur d’un quart de point, dans une fourchette de 3,75 % à 4 %. C’était la première hausse depuis 2023. Le communiqué justifiait la décision par une inflation qui « reste élevée » et par la volonté d’assurer un retour « plus rapide » vers l’objectif de 2 %, tout en relevant une incertitude accrue « en partie » due aux développements géopolitiques.
Pourquoi le rendement monte quand le prix de l’obligation baisse
Une obligation d’État est un titre de créance : l’investisseur prête une somme au Trésor, qui s’engage à lui verser des intérêts fixes (le coupon) puis à le rembourser à l’échéance. Une fois émis, ce titre s’échange sur le marché secondaire, et son prix fluctue. Le « rendement » est le taux effectivement obtenu par celui qui achète l’obligation au prix du jour. Comme le coupon est fixe, prix et rendement évoluent en sens inverse : lorsque les investisseurs vendent des obligations, le prix baisse et le rendement offert au nouvel acheteur monte.
Le rendement à long terme combine ainsi plusieurs composantes. Il reflète d’abord la trajectoire attendue des taux courts fixés par la banque centrale sur toute la durée du prêt. Il intègre ensuite une compensation pour l’inflation anticipée, qui érode la valeur réelle des remboursements futurs. S’y ajoute enfin une « prime de terme », rémunération exigée pour immobiliser son capital longtemps dans un environnement incertain. Or, en septembre 2026, ces trois éléments poussent dans le même sens.
Les ressorts d’une hausse durable
Du côté de la conjoncture, l’économie américaine montre une vigueur qui éloigne la perspective d’une baisse des taux. D’après une analyse de Zonebourse du 23 septembre, l’indice PMI composite flash est monté à 58,4 en septembre, contre 56 en août, soit son plus haut niveau depuis 2021, tandis que les coûts des intrants ont connu leur plus forte progression depuis octobre 2022. Les marchés intégraient alors quatre hausses de taux supplémentaires, contre trois auparavant, avec une inflation installée autour de 3 %.
Du côté de l’offre de titres, les besoins d’emprunt s’accumulent. Yahoo Finance relevait le 15 septembre que les investisseurs exigent d’être rémunérés pour le niveau élevé de la dette publique américaine et pour des déficits « toujours croissants », selon les mots de David Morrison, analyste chez TradeNation. S’y ajoutent les émissions obligataires des grandes entreprises qui financent leurs infrastructures d’intelligence artificielle, ainsi que le dénouement du « carry trade » sur le yen, stratégie consistant à emprunter dans une devise à taux bas pour placer dans une devise mieux rémunérée, rendue moins attractive par la remontée des taux japonais. Carol Schleif, stratégiste chez BMO Wealth Management, estimait alors que ces rendements élevés pourraient « perdurer un certain temps ».
Des effets qui dépassent les États-Unis
Le taux à dix ans américain sert de référence au crédit immobilier et, plus largement, au coût de l’emprunt aux États-Unis. Il pèse aussi sur la valorisation des actions, puisqu’un placement sans risque mieux rémunéré rend les autres actifs relativement moins attractifs. Surtout, le marché des bons du Trésor étant le plus profond du monde, ses mouvements se transmettent aux autres dettes souveraines.
L’Europe n’y échappe pas. Le 28 septembre en milieu de séance, selon XTB, le rendement de l’obligation assimilable du Trésor (OAT) française à dix ans atteignait 4,749 %, contre 3,62 % pour le Bund allemand de même échéance, soit un écart d’environ 113 points de base. Cet écart mesure la prime de risque supplémentaire demandée pour détenir de la dette française plutôt qu’allemande. L’euro touchait par ailleurs son plus bas annuel face au dollar, à 1,1381. La Bourse de Paris résistait néanmoins, le CAC 40 progressant de 0,64 %, porté par les valeurs pétrolières.
La référence à 2007 éclaire la portée du seuil franchi : les taux longs américains n’avaient plus atteint ces niveaux depuis la veille de la crise financière mondiale. Après plus d’une décennie de taux très bas, puis la remontée de 2022-2023, le marché semble désormais intégrer l’idée que l’argent restera durablement plus cher.
Pour comprendre
Trois notions permettent de lire cette actualité. Une obligation est un titre de créance négociable émis par un État ou une entreprise, dont le rendement de marché varie en sens inverse de son prix. L’inflation, hausse générale et durable des prix, réduit la valeur réelle des remboursements futurs : plus elle est attendue élevée, plus les prêteurs exigent un rendement important. Enfin, la dette publique, stock des emprunts accumulés par l’État, doit être constamment refinancée : lorsque les taux montent, chaque nouvelle émission coûte plus cher au Trésor, ce qui alourdit à terme la charge d’intérêts supportée par le budget.
Sources
- Yahoo Finance (Grace O’Donnell, Ines Ferré), « Stock market today: Dow, S&P 500, Nasdaq fall as Treasury yields continue to climb », 28 septembre 2026
- Yahoo Finance (Ines Ferré), « 10-year Treasury yield hits highest level since 2007 », 15 septembre 2026
- Réserve fédérale des États-Unis, « Federal Reserve issues FOMC statement », 16 septembre 2026
- Zonebourse (Valentin Aufrand), « Taux américains : les 5 % volent en éclats, et maintenant ? », 23 septembre 2026
- XTB, « CAC 40 : Paris résiste à la hausse de l’OAT à 10 ans », 28 septembre 2026
Rédaction Savoir.fr — publié le 29 septembre 2026.
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