Pandémies : l’ONU adopte sa déclaration politique, mais sans consensus
Le 12 octobre 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une déclaration politique sur la prévention, la préparation et la riposte face aux pandémies, par 153 voix pour, trois contre et deux abstentions. Le texte, qui devait être approuvé par consensus fin septembre, n’a pas de valeur contraignante, mais il éclaire l’état d’un chantier ouvert depuis la COVID-19 : celui des règles communes face à la prochaine pandémie.
Un vote là où l’on attendait un consensus
La déclaration avait été examinée lors de la deuxième réunion de haut niveau de l’Assemblée générale consacrée aux pandémies, le 25 septembre 2026. Elle devait y être approuvée par consensus, c’est-à-dire sans vote. Les objections des États-Unis et de quelques autres États ont empêché cette issue, et la question a été renvoyée à l’Assemblée plénière, qui l’a tranchée par un vote enregistré le lundi 12 octobre, rapporte ONU Info.
Le résultat est net : 153 voix pour, trois contre (Argentine, Israël, États-Unis) et deux abstentions (Nouvelle-Zélande, Paraguay). Washington avait auparavant dénoncé des « idéologies clivantes dépourvues de consensus sur leur définition » et contesté les références du texte aux négociations en cours sur une annexe de l’Accord de l’OMS sur les pandémies. À l’inverse, la délégation chilienne a résumé l’argument majoritaire : aucun pays, « si grand ou si préparé soit-il », ne peut affronter seul une menace « qui ne connaît pas de frontières ».
Le jour même, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué un « engagement fort » des États membres à continuer de travailler ensemble, en estimant que « le monde a parcouru un long chemin depuis la COVID-19 ».
Ce que contient la déclaration
Une déclaration politique de l’Assemblée générale n’est pas un traité : elle ne crée aucune obligation juridique, mais fixe des orientations que les gouvernements s’engagent publiquement à suivre. Celle-ci part d’un constat explicite : les États restent « préoccupés par le fait que le monde n’est toujours pas suffisamment préparé ». Elle rappelle l’une des leçons de la COVID-19, l’inégalité d’accès aux vaccins, aux tests diagnostiques et aux traitements dans les pays en développement.
Selon l’OMS et l’agence PINA, le texte appelle à investir dans des systèmes de santé résilients, la surveillance et l’alerte précoce, les laboratoires, la vaccination de routine, les soins primaires et les personnels de santé. Il encourage la production locale et régionale de produits de santé, afin de rendre l’accès possible « dans les 100 premiers jours » d’une menace pandémique. Il qualifie le financement de la préparation de « fragmenté et sous-financé », en évoquant un déficit annuel estimé à 15 milliards de dollars. Il mentionne encore l’approche « Une seule santé » (One Health), qui relie santé humaine, animale et environnementale, la lutte contre la désinformation et la confiance du public.
L’OMS souligne que le texte fait de la préparation aux pandémies non seulement une question sanitaire, mais aussi un impératif de développement, d’économie et de sécurité. Le secrétaire général de l’ONU devra rendre compte de sa mise en œuvre lors de la 83e session de l’Assemblée et pourra recommander une nouvelle réunion de haut niveau.
Trois textes à ne pas confondre
Le débat public mêle souvent trois instruments de nature différente. Le premier est le Règlement sanitaire international (RSI), adopté dans sa forme actuelle en 2005 et juridiquement contraignant pour 196 États parties. Des amendements, adoptés par consensus par l’Assemblée mondiale de la santé en 2024, sont entrés en vigueur le 19 septembre 2025. Ils créent notamment un niveau d’alerte supérieur à l’« urgence de santé publique de portée internationale » : l’« urgence due à une pandémie ». Ils imposent aussi à chaque pays de désigner une autorité nationale chargée de coordonner l’application du Règlement. Onze États parties ont refusé ces amendements ; les versions antérieures du RSI continuent de s’appliquer à eux.
Le deuxième est l’Accord de l’OMS sur les pandémies, adopté le 20 mai 2025 par la 78e Assemblée mondiale de la santé, la veille ayant vu son approbation en commission par 124 voix pour, aucune objection et 11 abstentions. C’est seulement le deuxième accord négocié en vertu de l’article 19 de la Constitution de l’OMS, après la Convention-cadre pour la lutte antitabac de 2003. Le texte précise qu’il ne confère à l’OMS aucune autorité pour imposer aux États des obligations vaccinales ou des confinements. Il entrera en vigueur après 60 ratifications.
Le troisième est la déclaration politique adoptée le 12 octobre : un engagement politique, sans force juridique, qui salue l’Accord sur les pandémies tout en reconnaissant que des négociations restent nécessaires avant son ouverture à la signature.
L’annexe PABS, le verrou de l’Accord
Ce verrou porte un nom : le système d’accès aux agents pathogènes et de partage des avantages, désigné par son sigle anglais PABS (Pathogen Access and Benefit Sharing). L’idée est d’organiser un échange : les pays partagent rapidement les échantillons de virus ou de bactéries et leurs séquences génétiques, indispensables à la mise au point de vaccins et de tests, et reçoivent en contrepartie une part des produits qui en sont issus. L’Accord prévoit ainsi que les fabricants participants mettent à la disposition de l’OMS un accès rapide visant 20 % de leur production en temps réel de vaccins, traitements et produits diagnostiques liés au pathogène pandémique.
Or l’Accord ne peut être ouvert à la signature qu’une fois cette annexe adoptée. Selon ONU Info, les discussions sont dans l’impasse, entre des pays en développement d’un côté, certains pays européens à revenu élevé et les États-Unis de l’autre. L’OMS indique que le résultat des négociations sera soumis à la prochaine Assemblée mondiale de la santé, en mai 2027, ou plus tôt lors d’une session extraordinaire. C’est sur ce point que le directeur général de l’OMS a concentré son appel du 12 octobre : conclure l’annexe pour que l’Accord puisse être signé, ratifié et devenir du droit international.
Pour le public, ces textes ne modifient pas directement les recommandations sanitaires nationales, qui restent définies par les autorités de chaque pays. Ils dessinent en revanche le cadre de coopération dans lequel la prochaine crise sanitaire mondiale serait gérée.
Pour comprendre
- Pandémie : définition — ce qui distingue une pandémie d’une simple flambée locale.
- Épidémie : définition — la notion de base de la surveillance des maladies transmissibles.
- Méditerranée : de 1250 à la peste noire (1348-1350) — un précédent historique de pandémie et de ses effets sur les sociétés.
Sources
- OMS, « WHO welcomes adoption of United Nations political declaration on pandemic prevention, preparedness and response », 12 octobre 2026 : who.int
- ONU Info, « General Assembly adopts pandemic declaration, but not by consensus », 12 octobre 2026 : news.un.org
- PINA / PACNEWS, « UN adopts pandemic declaration despite U.S opposition », 13 octobre 2026 : pina.com.fj
- OMS, « World Health Assembly adopts historic Pandemic Agreement… », 20 mai 2025 : who.int
- OMS, « Le Règlement sanitaire international amendé entre en vigueur », 19 septembre 2025 : who.int
Rédaction Savoir.fr

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