Finlande : enquête pénale contre Google pour un défrichement de 330 hectares
La police d’Oulu, dans le nord de la Finlande, a ouvert le jeudi 29 octobre 2026 une enquête pénale visant Tuike, filiale finlandaise de Google. Il lui est reproché d’avoir défriché et drainé quelque 330 hectares de forêt à Muhos pour un futur centre de données, avant même l’achèvement des études d’impact environnemental exigées par le droit finlandais. L’affaire éclaire les tensions entre la course aux infrastructures de l’intelligence artificielle et les règles de protection des milieux naturels.
Ce que l’on sait de l’enquête
Selon la police d’Oulu, citée par l’agence Reuters et reprise par la chaîne publique australienne ABC, l’affaire est enregistrée sous la qualification de « dégradation de l’environnement ». Le commissaire divisionnaire Kari Pakanen a précisé l’objet des investigations : les enquêteurs cherchent à établir si les activités de l’entreprise ont enfreint la loi sur l’eau et causé un dommage environnemental. Les premiers éléments font état d’« ambiguïtés et de lacunes » dans le drainage et la gestion des eaux du chantier.
En cas de culpabilité, la société s’exposerait à une amende ; le policier n’a pas indiqué si des personnes physiques pourraient être mises en cause. Un point d’étape est annoncé pour décembre, mais l’enquête devrait se poursuivre en 2027.
Le défrichement ne concerne pas un seul site. D’après ABC, Tuike a abattu environ 330 hectares de forêt à Muhos et près de 200 hectares sur un second site, à Kajaani (Otanmäki), là encore avant la fin des évaluations environnementales. Des militants, cités par le site Newser qui s’appuie sur le Guardian et Reuters, estiment à 400 000 le nombre d’arbres abattus sur les deux emprises ; ce chiffre émane d’associations et n’a pas été confirmé par les autorités.
Une chronologie qui interroge
Les documents consultés par le quotidien finlandais Helsingin Sanomat, rapportés par ABC, indiquent que l’abattage à Muhos a commencé en mars et s’est poursuivi pendant plusieurs mois. Dès mai, l’Agence finlandaise de surveillance (LVV), autorité chargée notamment des autorisations environnementales, avait signalé à Tuike que les évaluations devaient précéder l’abattage.
En septembre, Google a annoncé un investissement de 15 milliards de dollars sur deux ans dans les infrastructures d’intelligence artificielle en Finlande, présenté comme son plus important investissement en Europe. Une semaine plus tard, l’agence de presse STT relayait les accusations de défrichement illégal portées par une association environnementale. Au début d’octobre, la LVV a ordonné l’arrêt des travaux sur les deux sites ; ils restent suspendus jusqu’à l’achèvement des études d’impact, sans calendrier précis pour d’éventuelles autorisations.
Le responsable de Google pour la Finlande, Antti Järvinen, a présenté des excuses tout en affirmant que l’entreprise pensait agir conformément à la loi. Un porte-parole a indiqué que le groupe coopérerait avec la police. Le Premier ministre Petteri Orpo maintient son soutien au projet, mais a estimé que Google devait « tirer les leçons » de l’incident et respecter la loi. Une pétition réclamant un encadrement plus strict des centres de données a recueilli plus de 98 000 signatures, selon ABC.
Comprendre : pourquoi l’eau est au cœur du dossier
L’étude d’impact environnemental est une procédure préalable : elle oblige le porteur d’un projet d’envergure à décrire ses effets probables sur les sols, l’eau, la faune ou la flore, et à proposer des mesures pour les éviter, les réduire ou les compenser, avant que l’administration ne se prononce. Engager les travaux avant son terme revient à priver l’autorité de contrôle de la possibilité d’orienter le projet.
Le drainage, qui consiste à évacuer l’eau excédentaire d’un terrain par des fossés ou des conduites, modifie profondément le fonctionnement hydrologique d’un sol forestier. Les eaux évacuées peuvent entraîner des sédiments et d’autres matières vers les cours d’eau voisins. C’est précisément sur ce terrain — la conformité à la loi sur l’eau — que se place l’enquête, plutôt que sur l’abattage des arbres en lui-même.
Les pays nordiques attirent les centres de données pour leur climat frais, qui facilite le refroidissement des serveurs, et pour leur électricité. La Finlande examinerait ainsi quelque 145 projets de centres de données, selon Newser. L’essor de l’intelligence artificielle accroît la demande de capacités de calcul ; l’affaire de Muhos montre que ces chantiers, souvent présentés comme immatériels, ont une emprise physique considérable sur les territoires.
Pour comprendre
- Définition du drainage (dictionnaire Savoir.fr)
- Environnement : écologie, nature et développement durable
- High-Tech : technologies, informatique et innovation
Sources
- ABC News (Nelli Saarinen, avec agences), « Finland launches criminal probe into land clearance for Google data centre », 30 octobre 2026 : abc.net.au
- Newser (d’après le Guardian et Reuters), « Finland Investigates After Google Clears Forest for AI Site », 29 octobre 2026 : newser.com
Rédaction Savoir.fr


vous devez être connecter pour déposer un commentaire connecter