COP17 biodiversité à Erevan : un accord a minima sur l’accord de Kunming-Montréal
Après deux semaines de négociations à Erevan, en Arménie, les quelque 200 pays réunis pour la COP17 sur la biodiversité ont adopté dans la nuit du 30 au 31 octobre 2026 deux textes clés : un bilan d’étape de l’accord de Kunming-Montréal et une décision sur le financement. Le résultat est jugé modeste, mais il évite l’échec à un moment où presque tous les objectifs fixés pour 2030 sont en retard.
Une adoption arrachée au bout de la nuit
La séance plénière finale, prévue le vendredi 30 octobre, a été repoussée à plusieurs reprises. Selon l’Agence France-Presse, les débats se poursuivaient encore après 4 h 30 du matin. Le ministre arménien de l’Environnement, Hambardzum Matevosyan, qui présidait la conférence, a alors soumis deux textes à l’assemblée et, en l’absence d’objection, les a déclarés adoptés en lançant : « Et voilà. Parfait. »
Le détail des décisions n’était pas encore publié au moment de leur adoption. Les dépêches permettent toutefois d’en connaître les grandes lignes et les points de friction. Les États ont aussi désigné, par un vote à bulletin secret, le pays hôte de la prochaine COP sur la biodiversité, en 2028 : l’Équateur, qui était en concurrence avec le Panama.
Le premier « examen mondial » de l’accord de Kunming-Montréal
Le premier texte est un bilan à mi-parcours du cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, adopté en décembre 2022 sous l’égide de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique. Souvent présenté comme l’équivalent, pour la nature, de l’Accord de Paris sur le climat, il fixe 23 objectifs à atteindre d’ici à 2030. Le plus connu, surnommé « 30×30 », vise la protection de 30 % des terres et des océans. D’autres portent sur la lutte contre les pollutions et contre les espèces exotiques envahissantes, ou sur la restauration des écosystèmes dégradés.
Or, d’après les rapports présentés à Erevan, presque toutes ces cibles accusent du retard. Un document de travail appelait à « accélérer » les efforts et à un « renforcement des mesures ». Pour Catherine Weller, de l’ONG Fauna & Flora, le texte devait répondre aux « preuves irréfutables que nous ne sommes pas en voie d’atteindre » les objectifs. Elle le juge « ni particulièrement exaltant ni détaillé », mais estime qu’un accord reste « une bonne nouvelle ».
Le sujet le plus disputé de ce volet a été celui des subventions néfastes à la nature, c’est-à-dire les aides publiques qui encouragent des activités dommageables pour les écosystèmes, comme l’exploitation pétrolière. An Lambrechts, de Greenpeace International, dit avoir « senti un élan politique important » sur ces incitations financières, tout en regrettant une décision finale formulée « en des termes assez faibles ».
Qui paie ? La question des donateurs
Le second texte porte sur la « mobilisation des ressources », c’est-à-dire sur le financement de ces objectifs. La liste officielle des pays donateurs de la Convention n’a pas changé depuis 2006. L’Union européenne a cherché à y faire entrer de grands pays émergents, dont la Chine. Ces pays ont refusé d’élargir le cercle des contributeurs obligés. Le compromis retenu permet une inscription des États sur cette liste sur une base volontaire.
D’autres questions sont restées en suspens, notamment la contribution des entreprises à un fonds onusien de conservation, qui dispose pour l’instant de peu de moyens.
Une conférence marquée par les tensions sur la science
Au-delà des textes, la COP17 a été marquée par des tensions sur la place de l’expertise scientifique. La ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, a estimé que « cette COP ne restera pas dans les annales pour ses avancées » et a dénoncé « les attaques sur la science », venant selon elle de « toujours les mêmes », sans nommer de pays. Un négociateur d’un pays développé, cité par l’AFP, a évoqué « une alliance manifeste entre la Russie, l’Arabie saoudite, l’Argentine » et, en partie, le Brésil, qui chercheraient à affaiblir des rapports scientifiques.
Ce climat rejoint un autre blocage du moment : le 16 octobre, la 65e session plénière du GIEC, à Addis-Abeba, s’est achevée sans accord sur le calendrier de son septième rapport d’évaluation. Plusieurs pays, dont l’Inde, l’Arabie saoudite et la Chine, plaident pour une publication en 2029 plutôt qu’en 2028. Ce report empêcherait le rapport d’éclairer le deuxième bilan mondial de l’Accord de Paris.
Pour comprendre
Une COP (conférence des parties) est la réunion des États signataires d’une convention internationale. Celle d’Erevan relève de la Convention sur la diversité biologique, distincte de la convention climat, dont la COP31 se tiendra à Antalya, en Turquie, du 9 au 20 novembre. La biodiversité désigne la variété du vivant à trois niveaux : les gènes, les espèces et les écosystèmes. La notion d’espèce animale est expliquée sur le site Environnement de Savoir.fr. Les menaces concrètes sur les espèces apparaissent aussi dans une étude récente sur les extinctions de plantes sur les sommets européens. Plus largement, les dossiers de la rubrique Environnement de Savoir.fr traitent d’écologie et de développement durable.
Sources
- AFP, via Radio-Canada, « COP17 sur la biodiversité : des textes clés adoptés après des discussions parfois tendues », 30-31 octobre 2026.
- AFP, via La Libre, « À la COP17, le monde s’accorde sur des textes clés pour protéger la nature », 30-31 octobre 2026.
- France 24 (AFP), « Climat : le Giec en crise en amont de la publication de son prochain rapport », 16 octobre 2026.
- Convention sur la diversité biologique, Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal.



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