Ebola Bundibugyo : deux vaccins spécifiques rejoignent l’essai Tumaini en RD Congo
Par Rédaction Savoir.fr · Publié le · Santé
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Illustration : MONUSCO Photos — CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé le 4 novembre 2026 que deux vaccins candidats conçus contre le virus Bundibugyo, responsable de l’épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo (RDC) depuis le printemps, vont rejoindre l’essai clinique Tumaini. C’est la première fois que des vaccins spécifiques à cette espèce de virus seront évalués pendant une flambée de la maladie. Les résultats ne sont pas attendus avant le début de 2027.
Une épidémie hors norme dans l’est de la RDC
Selon le communiqué de l’OMS, l’épidémie, qui dure depuis près de six mois, est la plus importante flambée de maladie à virus Bundibugyo jamais enregistrée en RDC : plus de 10 500 cas confirmés et 5 126 décès au 1er novembre, principalement dans la province de l’Ituri. Les décomptes évoluent rapidement et diffèrent selon les organismes : le site d’information du Center for Infectious Disease Research and Policy (CIDRAP, université du Minnesota) fait état de 10 699 cas, dont 5 202 décès, d’après les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), tandis que les Centres africains de contrôle des maladies (Africa CDC), cités par Al Jazeera, recensent 10 444 cas confirmés et parlent de l’épidémie à la croissance la plus rapide de l’histoire du pays.
La maladie a franchi les frontières. Le Kenya a signalé huit ou neuf cas selon les sources, dont deux décès, sans nouveau cas depuis le 19 octobre d’après le CIDRAP ; le Nigeria a enregistré un cas confirmé, selon l’OMS citée par Al Jazeera. Un soignant britannique testé positif en RDC a par ailleurs été rapatrié au Royaume-Uni dans un état stable ; les autorités britanniques jugent le risque pour leur population « faible ». Al Jazeera rapporte un taux de létalité de l’ordre de 50 %.
Pourquoi les vaccins existants ne suffisent pas
Le terme « Ebola » désigne en réalité plusieurs virus apparentés. Le vaccin Ervebo (laboratoire MSD, autorisé par l’Agence européenne des médicaments en 2019) vise l’espèce dite Zaire, celle qui avait provoqué l’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016 puis celle de l’est de la RDC en 2018-2020, comme le rappelle Health Policy Watch. Le virus Bundibugyo, lui, ne dispose d’aucun vaccin ni traitement spécifique homologué. C’est ce qui explique, selon Al Jazeera, la difficulté à contenir la flambée actuelle.
Faute de mieux, l’essai Tumaini, lancé le 23 octobre à Bunia, chef-lieu de l’Ituri, a d’abord évalué Ervebo, pour vérifier s’il confère une protection croisée contre Bundibugyo. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a souligné que ce vaccin, « approuvé pour la souche Zaire », n’avait « pas été conçu pour Bundibugyo ».
Deux candidats, deux technologies
Les deux nouveaux candidats ont été recommandés par le Groupe consultatif technique de l’OMS sur la priorisation des vaccins candidats, au vu des données précliniques et des premiers essais chez l’humain. Le premier, ChAdOx1 BDBV, est développé par l’université d’Oxford avec le Serum Institute of India. Il s’agit d’un vaccin à vecteur viral : un virus inoffensif sert de véhicule pour présenter à l’organisme un fragment du virus visé. Son essai de phase 1 a débuté au Royaume-Uni le 24 juillet auprès de 50 volontaires, puis a été étendu à l’Ouganda début octobre. Le second, mRNA-1469 de Moderna, repose sur l’ARN messager, qui fait produire transitoirement par les cellules une protéine du virus afin d’entraîner le système immunitaire ; sa phase 1 a commencé le 4 août au Canada, sur trois sites, avec environ 80 volontaires.
Lors d’un point presse rapporté par Health Policy Watch, Meg Doherty, directrice de la science pour la santé à l’OMS, a fait état de résultats « très positifs » chez l’animal, notamment chez des primates non humains, et lors des premiers essais. Les vaccins entreront dans l’essai après les autorisations nationales, ce qui pourrait prendre trois à quatre semaines. Leur développement est financé par la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI).
Un essai mené au cœur de l’épidémie
Tumaini — « espoir » en swahili — est dirigé par l’Institut national de recherche biomédicale de la RDC avec l’université d’Anvers, en collaboration avec l’OMS, Epicentre, Médecins sans frontières, l’Institut de médecine tropicale d’Anvers, Africa CDC, le ministère congolais de la Santé et l’Institut national de santé publique. Il s’agit d’un essai dit « de plateforme », capable de tester plusieurs vaccins candidats au sein d’un même protocole.
Il repose sur la vaccination « en anneau » : plutôt que de vacciner toute une population, on propose le vaccin aux contacts des personnes atteintes ou décédées, ce qui cible les individus les plus exposés et permet de mesurer l’efficacité là où le virus circule. L’OMS rappelle que cette méthode a été mise au point lors de l’épidémie d’Afrique de l’Ouest, quand un essai mené en Guinée avait établi l’efficacité d’Ervebo. Quatre anneaux de vaccination sont déjà constitués et d’autres sont en préparation.
La recherche porte aussi sur les traitements. L’essai PARTNERS, lancé en juillet sous l’égide de l’OMS, évalue si l’anticorps monoclonal MBP134, l’antiviral remdesivir ou leur association améliorent la survie des malades ; un autre anticorps, le maftivimab, doit y être ajouté, et une étude de prophylaxie post-exposition avec l’obeldevisir est en cours. Les premiers résultats sur les traitements sont attendus dans les prochains mois. Pour les vaccins, il faudra attendre le début de 2027. « Les vaccins seuls ne mettront pas fin à cette épidémie, mais ils pourraient devenir un nouvel outil puissant pour la maîtriser », a résumé Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui a aussi mis en garde contre les restrictions de voyage, jugées contre-productives car elles « punissent les pays qui font ce qu’il faut ».
Ces informations relèvent de l’actualité scientifique et ne constituent pas un avis médical. Les recommandations aux voyageurs et aux professionnels de santé sont publiées par l’OMS et par les autorités sanitaires nationales.
Pour comprendre
- Épidémie : définition
- La vaccination : principes et fonctionnement
- La défense de l’organisme : la mémoire du système immunitaire
Sources
- OMS — Two new candidate vaccines to join Ebola trial as treatment research advances (4 novembre 2026)
- Health Policy Watch — WHO Greenlights Two Ebola Bundibugyo Virus Vaccine Candidates for Phase 2/3 Trials (5 novembre 2026)
- Al Jazeera — WHO approves trials for two new Ebola vaccines (4 novembre 2026)
- CIDRAP — As Ebola cases near 10,700, WHO recommends adding 2 Bundibugyo vaccines to clinical trial (novembre 2026)
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