Horbourg-Wihr : une nécropole de guerriers du Ve siècle mise au jour en Alsace
Par Rédaction Savoir.fr · Publié le · Histoire
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Illustration : Völkerwanderer — CC0, via Wikimedia Commons
L’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a dévoilé, le 6 novembre 2026, les résultats d’une fouille menée à Horbourg-Wihr, près de Colmar. Sous un quartier d’habitation gallo-romain, les archéologues ont mis au jour une petite nécropole de la seconde moitié du Ve siècle, dont deux tombes de guerriers richement équipés. Une découverte rare, qui documente l’un des moments les plus obscurs de l’histoire alsacienne : la fin de l’Empire romain d’Occident.
Une fouille préventive au cœur d’une agglomération antique
L’opération a été conduite par l’Inrap, sur prescription de l’État (direction régionale des affaires culturelles du Grand Est), en amont d’un projet de construction d’habitations porté par un particulier. Elle relève de l’archéologie dite « préventive » : lorsqu’un aménagement menace de détruire des vestiges, l’État peut imposer leur étude avant les travaux. La responsable scientifique de la fouille est Laure Sornin-Petit, de l’Inrap.
Le terrain n’est pas anodin. Horbourg-Wihr, sur la rive droite de l’Ill, occupe l’emplacement d’une agglomération romaine. Selon la commune, le site est occupé par les Romains dès le Ier siècle de notre ère, et le IVe siècle y voit s’élever un castellum, fortification de première importance dans le système de défense du Rhin supérieur. La plupart des historiens y situent l’antique Argentovaria, sans que l’identification soit absolument certaine.
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L’Inrap décrit le site comme un vicus gallo-romain, c’est-à-dire une agglomération secondaire, sans le statut d’une capitale de cité, situé à proximité du limes rhénan. Ce dernier terme désigne la frontière fortifiée de l’Empire, qui suivait ici le cours du Rhin et faisait face aux peuples germaniques établis sur l’autre rive.
Trois siècles de vie urbaine, puis le silence
La fouille a d’abord révélé une stratigraphie complexe de plus de 1,50 mètre d’épaisseur. La fréquentation des lieux débute vers le milieu du Ier siècle : des fosses et des fossés sont alors creusés dans un sol ancien gorgé d’eau. Aux IIe et IIIe siècles, comme dans le reste de l’agglomération, le secteur se densifie. Des maisons en matériaux périssables, posées sur des solins de pierre, s’organisent le long de voies orientées nord-est/sud-ouest, dont le tracé évolue avec le temps. Les archéologues ont également dégagé des foyers construits, des puits et de grandes excavations ; l’étude en cours devra dire si une activité artisanale peut leur être associée.
Ces résultats prolongent ceux d’Archéologie Alsace, qui étudie depuis 2016, dans le cadre d’une fouille programmée, un autre secteur proche du centre de l’agglomération antique. Ce service y a observé une urbanisation du quartier entre la seconde moitié du Ier siècle et le début du IIIe siècle, ainsi que deux sépultures du Bas-Empire, qui posaient déjà la question d’un espace funéraire tardif dans ce secteur.
Puis vient la rupture. Selon l’Inrap, au cours du IVe siècle, des limons sombres recouvrent le quartier, qui ne connaît plus qu’une fréquentation sporadique. Il faut attendre la seconde moitié du Ve siècle pour que le lieu soit de nouveau utilisé, non plus pour y vivre, mais pour y enterrer des morts.
Des tombes de guerriers de l’époque des Grandes Migrations
L’ensemble funéraire, installé surtout au sud-ouest de l’emprise, compte onze sépultures d’adultes ou de grands adolescents, trois sépultures d’enfants et deux sépultures de chevaux. Ses limites semblent atteintes, sauf peut-être à l’ouest, où des fragments d’os humains déplacés laissent supposer une extension.
Deux tombes masculines se distinguent par la qualité de leur mobilier : une épée conservée en partie dans son fourreau de bois, un scramasaxe, un bouclier et un angon. Le scramasaxe est un long couteau de combat à un seul tranchant ; l’angon, une arme de jet à longue pointe de fer. Selon l’Inrap, cette panoplie caractérise les sépultures de chefs d’origine germanique ou de « fédérés » intégrés à l’armée romaine au Ve siècle. Des ornements d’or et d’argent cloisonnés de grenats, dont une applique de fourreau en or posée sur un scramasaxe et des décors de chausses, confirment le rang privilégié de ces défunts.
Le terme de fédérés mérite explication. Dans l’Antiquité tardive, Rome conclut des traités (foedus) avec des groupes germaniques, autorisés à s’établir sur le territoire impérial en échange d’un service militaire. Ces soldats, commandés par leurs propres chefs, ont joué un rôle croissant dans la défense des provinces occidentales à mesure que l’autorité impériale s’affaiblissait.
Deux autres tombes ont livré un mobilier de caractère féminin : des paires de fibules ansées en argent doré, des fibules en forme d’oiseau en argent, des colliers de perles de verre, des boucles de ceinture et un peigne en os. Quant aux chevaux, ils ont été inhumés au sein même de la nécropole avec leur harnachement. D’après l’Inrap, ces dépôts d’équidés témoignent de la reprise de pratiques issues des peuples des steppes, diffusées auprès des élites princières et militaires d’Europe centrale et orientale, ainsi que des fédérés de l’armée romaine.
Une population marquée par la violence
L’examen des squelettes, encore préliminaire, dessine une population en mauvaise santé. Au moins deux individus présentent des fractures probablement non réduites ; l’une d’elles a entraîné l’ankylose d’un genou, rendant la jambe inutilisable. Surtout, deux individus portent des traces de coups d’arme blanche, dont l’un sur la face postérieure d’un tibia. L’absence de cicatrisation osseuse suggère une mort rapide. Pour l’Inrap, une telle fréquence est « tout à fait exceptionnelle » sur un corpus aussi restreint ; elle laisse penser que les attributs guerriers des défunts n’étaient pas purement honorifiques. L’étude anthropologique à venir devra confirmer ces observations.
L’intérêt majeur du site tient à sa rareté. Les sites qui documentent l’implantation germanique en Alsace à cette période sont peu nombreux. Ces données devraient, selon l’Inrap, relancer la réflexion sur les dynamiques de peuplement de la région et sur les bouleversements qui ont marqué ce territoire dans la seconde moitié du Ve siècle, entre la fin de l’Empire romain et l’époque mérovingienne. Les objets métalliques, dont l’épée examinée par tomographie avec des laboratoires de l’université de Lorraine et du CNRS, sont actuellement en cours de restauration.
Pour comprendre
- Le vocabulaire de l’archéologie funéraire : définition de la nécropole.
- Les étapes d’une fouille, de la découverte à l’étude : un site archéologique, mode d’emploi.
- L’un des peuples germaniques installés en Alsace au haut Moyen Âge : définition des Alamans.
Sources
- Inrap, « Un quartier antique et un ensemble funéraire exceptionnel du Ve siècle à Horbourg-Wihr (Haut-Rhin) », 6 novembre 2026 : inrap.fr
- Archéologie Alsace, « Horbourg-Wihr, au cœur de l’agglomération antique » (diagnostic 2015, fouille programmée depuis 2016) : archeologie.alsace
- Commune d’Horbourg-Wihr, « Historique » (occupation romaine, castellum du IVe siècle, Argentovaria) : horbourg-wihr.fr
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