Charente-Maritime : les douves du château disparu de Didonne mises au jour
À Saint-Georges-de-Didonne (Charente-Maritime), l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a annoncé le 18 août 2026 la mise au jour, sur 6 475 m², des vestiges d’un pôle seigneurial médiéval : les douves monumentales du château de Didonne et le village qui s’était développé à ses abords. La fouille est menée en amont de l’aménagement de logements sociaux. Le chantier ouvrira exceptionnellement ses portes au public les samedi 29 et dimanche 30 août 2026.
Un château effacé du paysage, sauf ses fossés
Du château de Didonne, il ne subsistait presque rien. L’édifice a entièrement disparu ; n’en demeurent qu’un toponyme, « Le Châta », et un réseau de douves imposantes inscrites dans le relief. Les textes attestent pourtant son existence dès le XIe siècle et son rôle stratégique pendant la guerre de Cent Ans, indique l’Inrap : minée par ce conflit, la forteresse s’efface progressivement du paysage, ne laissant pour trace que ses fossés.
Sa position explique son importance. Le château était implanté sur la pente d’un coteau calcaire dominant la vallée marécageuse du Riveau, un ruisseau aujourd’hui canalisé ; au-delà s’étend le cordon dunaire qui borde le littoral atlantique, à la rencontre des eaux de l’estuaire. Contrôle de l’estuaire, accès au littoral, surveillance des voies de circulation : le site cumulait les fonctions de guet et de péage à l’entrée de la Gironde.
L’opération en cours n’est pas la première. Elle complète un diagnostic réalisé en 2012 sur 16 000 m², qui avait révélé la présence des douves et d’un habitat médiéval sur la pente menant aux marais de Chenaumoine, puis une fouille conduite en 2013 sur environ 3 000 m² au flanc ouest du site castral. Ces trois interventions successives sont placées sous la responsabilité scientifique de la même archéologue de l’Inrap, Catherine Vacher.
Deux douves concentriques et un talus enroché
La fouille de 2026 met en évidence un double réseau de douves ceinturant l’enceinte. Au pied du château, la douve interne atteint près de 15 m de large pour une profondeur d’au moins 6,50 m par rapport à un pied de courtine supposé — c’est-à-dire par rapport à la base présumée du mur d’enceinte qui reliait les tours.
L’escarpe, le versant du fossé situé du côté de la place forte, est garnie d’un imposant talus enroché : une masse de terre et de pierres large d’au moins 10 m, maintenue par un enrochement disposé en escalier sur toute sa hauteur, soit au moins 5 m. Cet aménagement a ensuite été masqué par un niveau de marne, puis par un lit végétalisé. Le noyau du talus est constitué soit de niveaux organiques, soit de niveaux de calcaire, et les archéologues supposent que ces sédiments proviennent du creusement du fossé lui-même : les terres extraites servaient à bâtir la défense. Cette construction intervient au plus tard au XIIe siècle. En face, la contrescarpe — le versant opposé — est directement taillée dans le rocher.
Au-delà de la première douve, un espace de 10 m, peu occupé, sépare les deux fossés. La douve externe, creusée en terrain presque plat, mesure elle aussi 15 m de large, mais pour une profondeur de 2,70 m seulement. Les deux ouvrages se déversent dans la vallée humide du Riveau. Leur contemporanéité reste à établir : ont-elles été creusées simultanément, ou la douve externe a-t-elle été ajoutée plus tard pour renforcer la défense ? L’Inrap laisse la question ouverte.
Un village médiéval adossé au castrum
À l’extérieur du castrum — le terme désigne, au Moyen Âge, l’ensemble fortifié et non le seul donjon —, sur la pente du coteau comme sur le plateau, un village a fonctionné en parallèle avec la forteresse. Les structures mises au jour sont essentiellement des silos destinés à conserver les récoltes, mais aussi des trous de poteau témoignant de constructions en bois ; un réseau de fossés structure le secteur et au moins deux puits ont été détectés.
La chronologie relative apporte ici un renseignement précieux. Le creusement de la douve interne et l’élaboration du talus enroché sont venus recouvrir des structures domestiques déjà présentes sur place : l’habitat précède donc, localement, la fortification monumentale. Par ailleurs, une partie de la butte de Didonne est occupée dès la période carolingienne. C’est donc, souligne l’Inrap, « un continuum d’occupations » qui est perceptible à travers cette fouille, et non la naissance ex nihilo d’un château.
Une seigneurie de Saintonge broyée par la guerre de Cent Ans
Les archives éclairent le destin du lieu. Selon le dossier d’inventaire de la Région Nouvelle-Aquitaine consacré à la commune, la seigneurie de Didonne, « un des fiefs les plus puissants de Saintonge au Moyen Âge », est mentionnée dès 1047 et étend son pouvoir sur Royan, Arvert, Montendre, Beurlay ou Richemont ; ses détenteurs doivent en partie leur fortune à la perception des taxes sur le passage sur l’estuaire de la Gironde.
La guerre de Cent Ans en fait un enjeu disputé. En 1340, le roi de France Philippe VI confisque château et seigneurie à Guibert de Didonne, rallié aux Anglais, et les attribue à Arnaud Bernard de Preyssac, dit Soudan de Latran. Dès 1350, ce dernier trahit à son tour ; Foulques de Matha est envoyé assiéger la place. En 1376, après une nouvelle prise anglaise, Charles V reprend Didonne et la confie à l’un de ses capitaines, Jean de La Personne. Vers 1450, Charles VII la donne à son gendre Olivier de Coëtivy, seigneur de Taillebourg. Ces soubresauts valent au château de sortir en ruines du conflit et d’être abandonné au XVe siècle. En 1713, la seigneurie est acquise par le marquis Jean-Charles de Senecterre, qui en transfère le siège au château de la Touche, à Semussac : c’est ce dernier édifice qui porte aujourd’hui le nom de château de Didonne.
La fouille se poursuit sur le terrain. Les samedi 29 et dimanche 30 août 2026, de 10 h à 12 h et de 14 h à 16 h, des visites commentées gratuites sont proposées par Catherine Vacher, au 35 rue Jean Moulin à Saint-Georges-de-Didonne, avec un départ toutes les heures (derniers départs à 11 h et 15 h). L’Inrap précise que les journées peuvent être annulées en cas de mauvaises conditions météorologiques.
Pour comprendre
Une fouille comme celle de Didonne relève de l’archéologie préventive : elle intervient avant des travaux d’aménagement, sur prescription de l’État, et documente un site que la construction fera disparaître. Pour saisir la logique d’un tel chantier — décapage, lecture des couches, datation relative des structures —, on pourra lire « Un site archéologique : mode d’emploi ».
Le vocabulaire du château médiéval renvoie à un système social autant qu’à une technique de défense : la féodalité organise, du XIe au XVe siècle, les rapports entre seigneurs et vassaux dont Didonne est un exemple régional. Quant aux douves, à l’escarpe et au talus enroché, ils appartiennent au répertoire de la fortification, dont les formes évoluent au fil des sièges et des armes.
Sources
- Inrap, « Les vestiges d’un château médiéval en bordure de l’estuaire de la Gironde (Charente-Maritime) », 18 août 2026
- Inrap, « Journées Portes ouvertes : les vestiges d’un pôle seigneurial médiéval à Saint-Georges-de-Didonne », 18 août 2026
- Inrap, chronique de site « Le Châta » à Saint-Georges-de-Didonne (Charente-Maritime), 2 juillet 2014
- Yannis Suire, « Présentation de la commune de Saint-Georges-de-Didonne », dossier d’inventaire, Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel, enquête 2014
Rédaction Savoir.fr
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