L’oxygène disparaît des océans et des lacs : ce que dit la science en 2026
Une synthèse scientifique publiée fin juin 2026 alerte sur un phénomène discret mais massif : la quantité d’oxygène dissous diminue simultanément dans les océans, les lacs et les rivières. Ses auteurs proposent d’ériger l’oxygène des eaux en dixième « limite planétaire ». Décryptage d’une notion et de ses mécanismes.
Un déclin mondial de l’oxygène dissous
L’information a été relayée le 19 juillet 2026 par le service de presse scientifique ScienceDaily, à partir d’une étude parue le 30 juin 2026 dans la revue Limnology and Oceanography. Ce travail de synthèse a été piloté par Erica Ferrer et Lisa Levin, océanographes à la Scripps Institution of Oceanography (université de Californie à San Diego), avec la participation de plusieurs équipes internationales, dont la chercheuse française Véronique Garçon, de l’Institut de physique du globe de Paris.
Le constat central est que la « désoxygénation » ne touche pas seulement la haute mer : elle affecte aussi les eaux côtières, les lacs, les fleuves et les cours d’eau. Autrement dit, l’appauvrissement en oxygène est un phénomène global, qui traverse les frontières entre eaux douces et eaux salées. Les auteurs estiment que cette perte a atteint un niveau qu’ils qualifient de préoccupant, avec des effets susceptibles de persister durant des siècles et de ne pas être réversibles à l’échelle d’une vie humaine.
Pour donner une portée à ce diagnostic, les scientifiques proposent d’ajouter l’oxygène dissous à la liste des « limites planétaires ». Ce cadre, formalisé à partir de 2009 par le Stockholm Resilience Centre, définit neuf seuils environnementaux (climat, biodiversité, cycles de l’azote et du phosphore, acidification des océans…) que l’humanité aurait intérêt à ne pas franchir pour préserver la stabilité du système Terre. L’oxygène des eaux en constituerait, selon les auteurs, un dixième indicateur critique.
Pourquoi les eaux s’appauvrissent en oxygène
Trois mécanismes principaux sont invoqués. Le premier tient à une propriété physique simple : une eau plus chaude retient moins de gaz dissous. À mesure que le réchauffement d’origine humaine élève la température des couches de surface, celles-ci peuvent donc stocker moins d’oxygène.
Le deuxième mécanisme est la stratification. En se réchauffant, les eaux de surface deviennent plus légères et se mélangent moins facilement avec les couches profondes. Cette « ventilation » réduite freine le transport de l’oxygène de l’atmosphère vers les profondeurs, où il se raréfie.
Le troisième facteur, surtout marqué près des côtes, est l’eutrophisation. L’excès de nutriments — nitrates et phosphates issus notamment des engrais lessivés par les bassins-versants — déclenche des proliférations d’algues microscopiques. Lorsque cette biomasse meurt et se décompose, la respiration des bactéries consomme l’oxygène de la colonne d’eau. Selon le CNRS, le nombre de sites côtiers touchés par des épisodes de faible oxygénation a fortement augmenté au cours des vingt dernières années.
Des conséquences durables pour la vie et le climat
Quand la concentration en oxygène dissous descend sous un certain seuil — de l’ordre de 63 micromoles par litre, soit environ un quart de la saturation, rappelle le CNRS —, on parle d’hypoxie. En dessous, poissons, mollusques et invertébrés subissent une mortalité importante ; les zones les plus dégradées deviennent des « zones mortes » où la faune ne peut plus subsister durablement.
Les projections rappelées par les institutions scientifiques restent préoccupantes : en haute mer, le stock d’oxygène pourrait encore reculer de 1 à 7 % d’ici à 2100 sous l’effet du réchauffement. Or l’enjeu dépasse la seule biodiversité : les eaux privées d’oxygène modifient les cycles chimiques qui participent à la régulation du climat, ce qui peut, en retour, entretenir le phénomène. C’est cette imbrication entre climat, chimie de l’eau et vie marine qui conduit les auteurs à réclamer une surveillance systématique de l’oxygène, au même titre que la température ou le CO₂.
Pour comprendre
Cette actualité mobilise plusieurs notions que le réseau savoir.fr documente en détail. L’étude de la répartition et de la circulation de l’oxygène dans les mers relève de l’océanographie, la discipline qui analyse les propriétés physiques, chimiques et biologiques du milieu marin. Le terme océanique désigne pour sa part tout ce qui se rapporte à ces grandes masses d’eau et à leur dynamique, stratification comprise. Enfin, le moteur du phénomène décrit ici est le climat et son réchauffement, dont dépend la capacité des eaux à retenir l’oxygène.
Sources
- ScienceDaily — « Earth’s waters are quietly running out of oxygen, scientists warn » (19 juillet 2026), d’après l’étude parue dans Limnology and Oceanography, 30 juin 2026
- CNRS Terre & Univers (INSU) — « Désoxygénation océanique : un phénomène global accentué en milieu côtier »
Rédaction Savoir.fr
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