Paramount finalise le rachat de Warner Bros. Discovery : naissance de Skydance
Le mardi 6 octobre 2026, Paramount Skydance a finalisé le rachat de Warner Bros. Discovery, une opération évaluée par la presse américaine à environ 110 milliards de dollars. Le nouvel ensemble, rebaptisé Skydance, réunit deux des plus anciens studios d’Hollywood, les chaînes d’information CBS News et CNN ainsi que les plateformes Paramount+ et HBO Max. Retour sur une concentration hors norme, sur son financement et sur les conditions posées par les autorités.
Une fusion conclue après huit mois de procédures
Selon le communiqué publié le 6 octobre et déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), les actionnaires de Warner Bros. Discovery reçoivent 31,02 dollars en numéraire par action ; le titre a cessé d’être coté au Nasdaq le jour de la clôture. Les actions de la nouvelle société s’échangent désormais à la Bourse de New York sous le symbole « SKYD ». David Ellison en devient président-directeur général ; Ynon Kreiz, ancien dirigeant du fabricant de jouets Mattel, est nommé codirecteur général, chargé selon Reuters des opérations courantes et de l’intégration des deux groupes.
L’opération s’inscrit dans une course engagée l’hiver dernier. France 24, reprenant l’AFP, rappelle que Paramount l’a emporté sur Netflix en février au terme d’une surenchère ; Reuters précise que Comcast s’était également montré intéressé. L’administration Trump a approuvé le rachat en juin sans exiger de modification de l’activité, et le communiqué de l’acquéreur fait état de l’accord des autorités de concurrence de près de 70 juridictions. Restaient deux recours aux États-Unis : celui d’une coalition de douze procureurs généraux d’États, déposé en juillet pour des motifs de concurrence, et celui du syndicat des scénaristes (Writers Guild of America). Tous deux ont été réglés par voie transactionnelle, et un juge fédéral de Californie a homologué l’accord avec les États moins d’une semaine avant la clôture.
Un géant des médias et ses engagements
Le périmètre est considérable. Le communiqué recense, entre autres, les marques Paramount, Warner Bros., HBO, CBS, CNN, TNT Sports, Nickelodeon, Cartoon Network, MTV et Comedy Central, ainsi que des franchises comme Harry Potter ou Top Gun. Le groupe revendique un chiffre d’affaires proche de 70 milliards de dollars, plus de 200 millions d’abonnés à ses services de streaming et des dépenses de contenus supérieures à 30 milliards de dollars sur douze mois glissants. Ses deux plateformes, Paramount+ et HBO Max, ont vocation à être fusionnées à terme.
Les engagements pris pour lever les recours dessinent les craintes suscitées par l’opération. D’après CBS News, l’accord conclu avec les douze États impose la production de 30 films par an durant les deux premières années suivant la fusion, interdit de vendre ou de fermer les studios Paramount et Warner Bros. de Los Angeles pendant au moins cinq ans et prévoit un comité destiné à préserver l’indépendance éditoriale de CNN et de CBS News. Le communiqué de Skydance mentionne pour sa part au moins 30 films par an destinés aux salles, avec une exclusivité d’au moins 45 jours avant leur diffusion sur d’autres supports. Reuters indique que Mark Thompson à la tête de CNN et Bari Weiss à celle de CBS News conservent leurs fonctions.
Un rachat financé par la dette et par des fonds souverains
Le montage financier éclaire la nature de l’opération. Le communiqué fait état de 47 milliards de dollars de fonds propres nouveaux, émis à 12 dollars par action et souscrits notamment par la famille Ellison, le fonds RedBird Capital et des fonds souverains : France 24 cite ceux de l’Arabie saoudite, du Qatar et d’Abou Dhabi. Le reste repose sur l’emprunt, apporté par un groupe mené par Bank of America, Citigroup et Apollo. Selon Reuters, la nouvelle entité devrait porter environ 80 milliards de dollars de dette. L’AFP ajoute que Larry Ellison, fondateur d’Oracle, a apporté une garantie aux prêteurs.
Le contrôle reste concentré : les actions de catégorie A, qui portent la totalité des droits de vote, sont détenues par la famille Ellison et RedBird, tandis que les actions nouvelles souscrites par les autres investisseurs relèvent de la catégorie B, cotée en Bourse. Cette structure à deux catégories de titres permet de lever des capitaux importants sans diluer le pouvoir de décision des fondateurs.
Pour rembourser, le groupe mise sur les « synergies », c’est-à-dire les économies et gains attendus du rapprochement : au moins 6 milliards de dollars en rythme annuel d’ici trois ans, tirés selon le communiqué de la technologie, des achats, du marketing et de la rationalisation immobilière. Skydance vise un flux de trésorerie disponible supérieur à 10 milliards de dollars en 2030 et un levier d’endettement net ramené à 3 fois d’ici fin 2029. Cet indicateur rapporte la dette nette au résultat d’exploitation avant amortissements (Ebitda) : il exprime le nombre d’années de résultat qu’il faudrait pour rembourser la dette. Reuters relève que l’entreprise présente l’essentiel de ces économies comme « non salariales », mais CBS News cite un courriel des codirigeants évoquant des « décisions difficiles » touchant les effectifs.
Pour comprendre
En économie, la concentration désigne le regroupement d’entreprises dans des ensembles de plus en plus vastes. Elle est dite horizontale lorsqu’elle réunit des activités identiques, comme ici deux studios et deux plateformes, et verticale lorsqu’elle associe des maillons successifs d’une même chaîne, de la production à la diffusion. Le rachat de Warner Bros. Discovery combine les deux logiques. Les autorités de concurrence examinent de telles opérations parce qu’elles réduisent le nombre d’acteurs d’un marché et le rapprochent d’un oligopole, régime dans lequel un petit nombre de vendeurs fait face à une multitude d’acheteurs : moins de studios peut signifier moins de films produits, moins de débouchés pour les scénaristes et un pouvoir de négociation accru face aux salles et aux plateformes concurrentes. D’où les engagements comportementaux (volume de films, maintien des studios, indépendance des rédactions) obtenus par les États plutôt qu’une interdiction.
Le second ressort est financier. Une acquisition largement financée par l’emprunt relève de l’« effet de levier » : la dette permet d’acheter plus grand que ses seuls fonds propres, mais elle crée une charge d’intérêts fixe que les revenus doivent couvrir. La capacité de Skydance à dégager les synergies promises conditionnera donc le désendettement annoncé.
Sources
- Paramount Skydance, « Paramount Completes Acquisition of Warner Bros. Discovery, Creating a New Global Entertainment Leader, Skydance », communiqué déposé auprès de la SEC (formulaire 8-K), 6 octobre 2026
- Reuters (repris par NBC News), « Paramount completes $110B Warner Bros. merger to form Skydance », 6 octobre 2026
- CBS News, « Paramount closes $110 billion deal to acquire Warner Bros. Discovery, creating Skydance », 6 octobre 2026
- France 24 / AFP, « Paramount completes takeover of Warner Bros, creating media behemoth Skydance », 6 octobre 2026
Rédaction Savoir.fr — 8 octobre 2026.



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