Fin de la 2G : Orange éteint son réseau dans 44 départements
Le 6 octobre 2026, Orange a cessé d’exploiter son réseau mobile 2G dans 44 départements de métropole ; les 43 derniers suivront le 20 octobre. Trente-quatre ans après l’ouverture du premier réseau GSM français, la deuxième génération de téléphonie mobile s’efface, et avec elle les téléphones et les objets connectés qui n’avaient jamais quitté cette technologie.
Une extinction menée par vagues successives
La coupure du 6 octobre est la troisième étape métropolitaine d’un calendrier que l’opérateur détaille sur son site. Elle a été précédée d’une phase pilote dans le Sud-Ouest : extinction le 31 mars 2026 dans l’unité urbaine de Bayonne, Anglet et Biarritz, puis le 12 mai dans les Landes et le reste des Pyrénées-Atlantiques, et le 9 juin dans sept autres départements (Ariège, Haute-Garonne, Gers, Lot, Lot-et-Garonne, Hautes-Pyrénées et Tarn-et-Garonne). La ville de Nice a suivi le 22 septembre.
Les 44 départements concernés le 6 octobre se répartissent entre neuf régions, de la Bretagne (quatre départements) à la Bourgogne-Franche-Comté (huit), en passant par la Corse, le Grand Est, l’Occitanie, les Pays de la Loire, la Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’Auvergne-Rhône-Alpes et une partie de l’Île-de-France, a recensé le site spécialisé Univers Freebox. En Mayenne, la radio publique ICI indiquait que la coupure interviendrait vers 8 heures et qu’il restait dans le département « un petit peu moins de 700 » lignes actives, presque toutes professionnelles et en cours de migration, selon Véronique Fontaine, déléguée régionale d’Orange, qui rappelait un programme « engagé depuis 2022 ».
Selon Orange, le réseau 2G sera « totalement arrêté » au 20 octobre 2026, à une exception près : dans les « zones blanches règlementaires », où la 2G reste parfois le seul service disponible, les clients n’y auront plus accès entre le 1er et le 15 décembre 2026. Les abonnés de Free Mobile sont concernés aux mêmes dates : l’opérateur ne dispose pas de réseau 2G en propre et s’appuie sur celui d’Orange, précise l’Arcep. Les autres opérateurs suivront : SFR prévoit l’arrêt le 15 novembre 2026 ; Bouygues Telecom commencera le même jour à Brest, Guipavas, Nancy et Vandœuvre-lès-Nancy avant de généraliser l’extinction du 1er au 15 décembre.
Ce que désigne la « 2G »
Les « générations » de téléphonie mobile désignent des familles de normes techniques successives. La deuxième, fondée sur la norme européenne GSM, a marqué le passage de la transmission analogique à la transmission numérique de la voix. En France, France Télécom a ouvert son réseau GSM Itinéris le 1er juillet 1992 dans la bande des 900 MHz ; SFR a lancé le sien en décembre de la même année. La 2G a popularisé le SMS et, avec ses évolutions GPRS puis EDGE, un premier accès aux données mobiles, à des débits aujourd’hui dérisoires. La 3G a ensuite fait de l’Internet mobile un usage courant, la 4G et la 5G ont multiplié les débits.
Une différence technique explique l’essentiel des difficultés actuelles. En 2G et en 3G, la voix circule sur un canal dédié pendant toute la durée de l’appel, à la manière d’un circuit téléphonique classique. La 4G, elle, ne transporte que des paquets de données : la voix doit y être convertie en flux numérique, selon une technologie appelée VoLTE (Voice over LTE). Or, rappelle l’Arcep, un téléphone compatible 4G ne l’est pas forcément avec la VoLTE. Sur un tel appareil, Internet continuera de fonctionner, mais, prévient Orange, « les appels voix ne pourront pas être acheminés » une fois les anciens réseaux éteints. Une mise à jour logicielle peut parfois suffire à activer cette fonction.
Pourquoi éteindre un réseau qui fonctionne
Les opérateurs invoquent, selon l’Arcep, « des enjeux de sécurité, de qualité de service et de consommation énergétique ». Sur le premier point, Orange fait valoir que la 4G et la 5G « permettent de réduire la surface d’attaques et d’assurer une meilleure protection des échanges ». Sur le plan énergétique, l’opérateur cite la Fédération française des télécoms, selon laquelle les technologies 2G et 3G « consomment encore 21% à 33% de l’électricité des réseaux mobiles ».
L’enjeu tient aussi aux fréquences. Les ondes radio utilisables par la téléphonie mobile forment une ressource limitée, que l’État attribue aux opérateurs. Maintenir la 2G revient à réserver une partie de ces bandes à une technologie peu efficace ; les fréquences libérées doivent progressivement servir à la 4G et à la 5G. Le risque d’une perte de couverture apparaît limité : d’après l’Arcep, plus de 99,8 % des sites d’émission 2G et 3G sont déjà équipés en 4G, laquelle couvre plus de 99,9 % de la population métropolitaine.
Des millions d’appareils encore dépendants
La difficulté réside donc moins dans les antennes que dans les terminaux. Selon le dernier observatoire de l’Arcep, publié le 24 septembre 2026, 1,7 million de cartes SIM étaient encore utilisées à fin juin 2026 dans des appareils compatibles uniquement avec la 2G, contre 2,9 millions un an plus tôt, soit une baisse de 41,4 %. Parmi elles, 1,06 million équipaient des téléphones ou des tablettes, et 620 000 des objets communiquant de machine à machine. En ajoutant les terminaux compatibles seulement avec la 2G et la 3G, appelés à disparaître à leur tour, le total atteignait 3,9 millions, contre 5,9 millions un an auparavant.
Ces objets connectés sont souvent invisibles : alarmes et dispositifs de télésurveillance, téléalarmes d’ascenseurs, pilotage du chauffage, interphones et visiophones, systèmes de gestion de l’eau, énumère l’Arcep. En Mayenne, le principal bailleur social du département a ainsi installé des boîtiers 4G dans ses ascenseurs. Pour les téléphones, Orange signale qu’un appareil affichant « 2G », « E », « EDGE » ou « GSM » à côté de l’indicateur de réseau est susceptible d’être concerné, et précise que la fermeture n’impose aucun changement d’abonnement.
L’extinction ne s’arrêtera pas là. La 3G doit à son tour disparaître en 2028 chez Orange, fin 2028 chez SFR et fin 2029 chez Bouygues Telecom ; Free Mobile n’a pas encore annoncé de date. Pour les équipements qui ne gèrent que la 2G et la 3G, la migration vers la 4G apparaît donc comme la seule solution durable.
Pour comprendre
- Fréquence : en physique, le nombre d’oscillations par seconde d’un phénomène ondulatoire. Chaque génération de téléphonie mobile exploite des bandes de fréquences précises, attribuées aux opérateurs et réutilisables d’une technologie à l’autre.
- Norme : une règle commune qui fixe les caractéristiques d’une technique. Le GSM, la 4G (LTE) ou la 5G sont des normes : un téléphone ne peut utiliser un réseau que s’il en respecte la norme.
- Obsolescence : le vieillissement d’un équipement non usé mais devenu suranné du fait de l’évolution technique. C’est le sort des téléphones et objets uniquement 2G, intacts mais privés de réseau.
Sources
- Orange, « Fin de la 2G et 3G », page officielle du calendrier d’extinction (consultée le 7 octobre 2026)
- Raphaël Aubry, « « Un peu moins de 700 lignes encore actives » : le réseau mobile 2G d’Orange définitivement coupé en Mayenne », ICI Mayenne, 6 octobre 2026
- Lucas Musset, « Orange met fin à la 2G dans 44 départements pour ses abonnés et Free Mobile », Univers Freebox, 6 octobre 2026
- Arcep, « Extinction des réseaux mobiles 2G et 3G », communiqué du 24 septembre 2026
- Arcep, observatoire des cartes SIM 2G et 3G, chiffres à fin juin 2026, 24 septembre 2026
- Arcep, « Fermeture des réseaux mobiles 2G et 3G : ce qu’il faut anticiper », mise à jour du 10 septembre 2026
- Wikipédia, « Itineris » (lancement du réseau GSM de France Télécom le 1er juillet 1992)



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