Des IRM montrent que le chien distingue la peur, la colère et la tristesse
Une équipe internationale conduite par l’université de Vienne a placé des chiens de famille, éveillés et libres de leurs mouvements, dans un appareil d’imagerie par résonance magnétique afin d’observer leur activité cérébrale pendant qu’ils regardaient des visages humains. Publiés dans la revue iScience et présentés par l’université le 11 août 2026, les résultats indiquent que le cerveau canin réserve un traitement particulier au sourire, et qu’il différencie certaines expressions négatives entre elles — un résultat que les auteurs décrivent comme inédit.
Deux expériences, des chiens de famille et aucun sédatif
Le protocole repose sur une technique devenue courante en cognition animale : l’IRM fonctionnelle sur animal éveillé et non contraint. Elle a été introduite en 2012 par Gregory Berns, Andrew Brooks et Mark Spivak, qui avaient entraîné deux chiens par renforcement positif à demeurer immobiles le temps d’une acquisition d’images, sans sédation ni contention. Les chiens de l’étude viennoise ont suivi le même principe : apprendre à rester parfaitement immobiles dans le tunnel du scanner, puis regarder des photographies de personnes qui leur étaient inconnues.
La première expérience a réuni huit chiens, majoritairement des border collies. Les animaux voyaient alterner des blocs d’images de visages joyeux et de visages neutres, appariés au préalable sur leurs propriétés visuelles élémentaires — luminosité, contraste — de manière à isoler la réponse à l’expression elle-même plutôt qu’à des différences d’image. La seconde expérience a porté sur douze chiens, dont certains avaient participé à la première, exposés cette fois à quatre expressions : la joie, la colère, la peur et la tristesse. L’article, signé Raúl Hernández-Pérez, Luis Concha, Attila Andics, Rodolfo Bernal-Gamboa et Laura V. Cuaya, associe l’université de Vienne, l’université Eötvös Loránd de Budapest et l’Université nationale autonome du Mexique.
Le sourire, traité comme une récompense
Comparés aux visages neutres, les visages joyeux ont produit une activité plus marquée dans un ensemble de régions du cortex temporal droit s’étendant jusqu’au noyau caudé. Ce dernier détail retient l’attention des auteurs : le noyau caudé est, chez de nombreuses espèces, associé au traitement de la récompense, et l’activité caudée avait déjà été reliée chez le chien à des récompenses alimentaires comme à des récompenses sociales. Autrement dit, un visage souriant ne serait pas seulement identifié comme différent d’un visage inexpressif : il posséderait pour l’animal une valeur positive.
« Les humains sont très doués pour repérer de petits détails sur un visage, et les chiens le sont aussi », résume le premier auteur, Raúl Hernández-Pérez, cité par Technology Networks. Le communiqué de l’université de Vienne inscrit ce constat dans l’hypothèse dite de domestication : les chiens auraient évolué aux côtés de l’espèce humaine, ce qui aurait sélectionné une sensibilité particulière à nos signaux sociaux. « Ils ont évolué avec nous pour comprendre nos expressions et coopérer avec nous, et le reconnaître peut changer notre façon de communiquer avec eux et de nous en occuper », y déclarent les chercheurs.
Peur, colère, tristesse : des signatures cérébrales distinctes
La seconde expérience a été analysée par apprentissage automatique : un algorithme est entraîné à deviner, à partir de la configuration d’activité mesurée, quelle expression le chien était en train de regarder. Appliqué à la région temporo-caudée identifiée précédemment, le classifieur a séparé la joie de chacune des trois expressions négatives, mais n’est pas parvenu à distinguer les émotions négatives les unes des autres à partir de cette seule zone.
C’est l’analyse portant sur l’ensemble du cerveau qui apporte le résultat le plus neuf. Le gyrus suprasylvien rostral droit y différencie la tristesse de la peur ; le gyrus ectosylvien moyen droit et le gyrus splénial gauche différencient la colère de la peur. Les chiens ne se contenteraient donc pas de ranger nos mimiques dans deux catégories, agréable et désagréable : leur cerveau code des distinctions plus fines à l’intérieur du registre négatif. Selon les auteurs, il s’agit de la première démonstration de ce type chez le chien.
Ce que l’étude ne dit pas
Les chercheurs eux-mêmes énoncent plusieurs réserves. Discriminer des expressions au niveau cérébral ne signifie pas les éprouver comme un humain les éprouve : l’étude documente un traitement de l’information, non une expérience émotionnelle partagée. Les stimuli étaient par ailleurs des photographies fixes, alors qu’un chien confronté à une personne réelle dispose simultanément de la posture, du mouvement, du timbre de la voix et de l’odeur. La composition de l’échantillon appelle enfin à la prudence : les border collies sont réputés pour leur attention soutenue aux indices sociaux humains, et des chiens de compagnie vivant en famille ne traitent pas nécessairement ces signaux comme des chiens libres. L’équipe annonce vouloir recourir à des stimuli plus naturalistes, mobiles et multisensoriels.
Pour comprendre
L’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ne mesure pas directement l’activité des neurones : elle enregistre les variations locales d’oxygénation du sang, le signal dit BOLD, qui accompagne avec quelques secondes de retard un surcroît d’activité neuronale. Les principes physiques de cette technique et son application au cerveau sont détaillés dans notre dossier sur l’imagerie médicale du cerveau.
Le recours à un classifieur relève de ce que l’on appelle le décodage multivarié : plutôt que de chercher une zone « qui s’allume » davantage, on demande à un algorithme si la configuration d’ensemble des réponses permet de retrouver le stimulus présenté. Une réussite du classifieur indique que l’information est présente dans le signal, sans préjuger de l’usage que l’animal en fait. Cette démarche, héritée de l’étude des processus mentaux internes, appartient au champ de la psychologie cognitive, elle-même l’une des grandes branches de la psychologie.
Reste enfin le risque, constant dans ce domaine, de l’anthropomorphisme : attribuer à l’animal les états mentaux que sa réaction évoque chez nous. La précaution méthodologique consiste à distinguer trois questions que le vocabulaire courant confond : l’animal perçoit-il une différence, y attache-t-il une valeur, et ressent-il quelque chose ? L’étude viennoise répond aux deux premières, et laisse la troisième ouverte.
Sources
- Université de Vienne, communiqué « Brain scans show that dogs can distinguish various emotions in human faces », 11 août 2026
- Hernández-Pérez R., Concha L., Andics A., Bernal-Gamboa R., Cuaya L. V., « Dog brain representations of human facial expressions: Encoding happiness and differentiating specific negative expressions », iScience, 2026 (DOI : 10.1016/j.isci.2026.116900)
- Technology Networks, « Dogs Distinguish Human Emotions in Brain Imaging Study », 13 août 2026
- PsyPost, « Dogs can distinguish between specific negative human facial expressions, brain scans show », 12 août 2026
- Berns G. S., Brooks A. M., Spivak M., « Functional MRI in Awake Unrestrained Dogs », PLOS ONE, 2012
Rédaction Savoir.fr
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