Ebola en RDC : l’épidémie de virus Bundibugyo devient la plus meurtrière du pays
Trois mois après sa déclaration officielle, le 15 mai 2026, l’épidémie de maladie à virus Ebola due à l’espèce Bundibugyo est devenue, en République démocratique du Congo, la plus meurtrière que le pays ait connue. Le 17 août 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et Africa CDC ont l’une et l’autre appelé à une intensification immédiate de la riposte et de la coordination entre États voisins. Le bilan communiqué dépasse désormais celui de l’épidémie de 2018-2020 dans l’est du pays.
Un bilan qui a dépassé celui de 2018-2020
Dans sa mise à jour du 17 août 2026, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) recense en République démocratique du Congo 4 945 cas confirmés et 2 325 décès, sur des données arrêtées au 15 août, soit 101 cas confirmés et 53 décès supplémentaires par rapport au relevé de la veille ; 730 patients étaient alors hospitalisés en isolement. La province d’Ituri, dans le nord-est du pays, concentre l’essentiel du foyer avec 4 194 cas et 1 838 décès, devant le Nord-Kivu (596 cas, 417 décès), le Haut-Uélé (138 cas, 62 décès), la Tshopo (13 cas, 6 décès), le Sud-Kivu (3 cas) et le Bas-Uélé (1 cas). Au total, 55 des 151 zones de santé de six provinces ont été touchées.
Ce bilan dépasse celui de l’épidémie de 2018-2020 dans l’est de la RDC, qui avait fait 2 299 morts pour 3 381 cas et constituait jusqu’ici le record national, selon le décompte rappelé par l’Agence France-Presse le 17 août. La comparaison est d’autant plus frappante que l’épidémie précédente s’était étendue sur près de deux ans, contre trois mois pour celle en cours. Dans son communiqué du 17 août, Africa CDC fait état de plus de 5 000 cas confirmés et de plus de 2 320 décès dans six provinces, avec une létalité approchant 50 %, et résume l’accélération d’une formule : environ un décès toutes les trente minutes.
Les écarts entre ces chiffres n’ont rien d’anormal : chaque institution publie des données arrêtées à une date différente, et la consolidation d’un cas confirmé — c’est-à-dire validé par un test de laboratoire, à distinguer des cas probables établis sur des critères cliniques et épidémiologiques — prend plusieurs jours. L’OMS avertit par ailleurs que les effectifs réels pourraient être deux à quatre fois supérieurs aux bilans officiels, en raison des déplacements de population qui échappent à la surveillance. Dans son bulletin d’information sur les flambées épidémiques du 14 août, l’organisation établissait la létalité brute à 46,8 % sur les données au 12 août.
Bundibugyo, une espèce d’Ebola sans vaccin homologué
Le terme « Ebola » recouvre plusieurs espèces virales distinctes. Celle qui circule aujourd’hui, l’espèce Bundibugyo, a été identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda, dans le district dont elle porte le nom, puis observée en RDC en 2012 ; elle diffère d’environ 40 % sur le plan génétique de la souche Zaïre, responsable des grandes épidémies antérieures, rappelle l’Institut Pasteur. Cette distinction n’est pas une subtilité de taxinomie : le seul vaccin homologué contre Ebola, l’Ervebo, a été développé contre la souche Zaïre, et aucun vaccin ni traitement n’est à ce jour homologué spécifiquement contre Bundibugyo.
Un autre chiffre mérite attention : la létalité historique de cette souche était estimée autour de 25 %, soit près de deux fois moins que celle observée aujourd’hui. Un tel écart ne se lit pas nécessairement comme le signe d’un virus plus agressif ; il reflète aussi la capacité du système de soins à détecter et prendre en charge les malades à temps, et le niveau de sous-détection des formes les moins graves, qui gonfle mécaniquement la proportion de décès parmi les cas recensés.
Faute de produit spécifique, la stratégie repose sur l’expérimentation encadrée. Le 7 août 2026, un groupe consultatif de l’OMS a recommandé que l’Ervebo soit évalué dans un essai clinique randomisé contre le virus Bundibugyo, des données animales préliminaires suggérant une protection partielle dont l’efficacité chez l’humain reste à démontrer. Africa CDC soutient une approche combinant l’usage encadré de l’Ervebo chez les personnels de première ligne les plus exposés et un essai de phase III destiné à produire des données de sécurité et d’efficacité. Côté traitements, l’essai thérapeutique PARTNERS, lancé le 2 juillet, avait inclus plus de cent patients dans trois structures d’Ituri à la mi-août.
Ce que « riposte » veut dire sur le terrain
Une riposte à Ebola se juge à quelques indicateurs opérationnels. Le premier est le suivi des contacts : au terme de sa mission conjointe en Ouganda et en RDC, achevée le 7 août, l’OMS relevait un taux de suivi de 75 %, très en deçà du seuil de 95 % considéré comme nécessaire pour interrompre les chaînes de transmission. Le second est la capacité d’accueil : les centres de traitement du Nord-Kivu fonctionnaient alors à 139 % de leur capacité. Le troisième est la protection des soignants, particulièrement exposés lors des soins : au 9 août, l’OMS dénombrait au moins 155 personnels de santé infectés, dont 45 décès.
La dimension transfrontalière constitue le quatrième front. Une réunion de haut niveau réunissant la République centrafricaine, la RDC, la République du Congo, le Soudan du Sud et l’Ouganda s’est ouverte le 14 août à Bangui pour harmoniser les mécanismes d’alerte, renforcer la surveillance aux points d’entrée et associer les communautés frontalières ; la Centrafrique y a annoncé le déploiement d’un laboratoire mobile à Obo, près des frontières congolaise et sud-soudanaise. « Les frontières ralentissent une riposte ; elles n’arrêtent pas un virus », a déclaré le 17 août le directeur général de l’OMS, qui a fait état de plus de 200 experts déployés et de 300 tonnes de matériel acheminées, et qualifié l’épidémie de « deuxième plus importante jamais enregistrée » et de plus rapide de l’histoire.
L’Ouganda offre le contre-exemple encourageant : le pays a déclaré la fin de son épidémie le 28 juillet 2026, après 20 cas confirmés et 2 décès, son dernier cas remontant au 21 juin. Pour l’Europe, l’ECDC estime « très faible » la probabilité d’infection pour les personnes résidant dans l’Union européenne et l’Espace économique européen, malgré trois cas importés depuis mai — deux évacuations sanitaires vers l’Allemagne et un cas signalé en France le 24 juin chez un soignant revenu de mission humanitaire. L’OMS déconseille pour sa part toute restriction des voyages ou des échanges avec les pays affectés.
Pour comprendre
Pour situer le vocabulaire employé par les autorités sanitaires, le réseau savoir.fr propose plusieurs entrées : la définition de l’épidémie, qui désigne l’augmentation d’une maladie dans une zone donnée ; celle de la pandémie, dont l’échelle géographique diffère et que ne constitue pas le foyer actuel ; et un exposé sur l’organisation de la santé publique en France, utile pour comprendre le rôle des dispositifs de veille et d’alerte face à un cas importé.
Sources
- Africa CDC, « Trois mois après le début de l’épidémie de maladie à virus Ebola de Bundibugyo : le temps de l’action décisive est venu », 17 août 2026
- OMS, allocution d’ouverture du directeur général à la réunion consultative transfrontalière de haut niveau sur le risque lié au virus Bundibugyo, 17 août 2026
- ECDC, « Ebola disease outbreak in the Democratic Republic of the Congo and Uganda », mise à jour du 17 août 2026
- OMS, Disease Outbreak News, « Ebola disease caused by Bundibugyo virus – Democratic Republic of the Congo », 14 août 2026
- OMS Afrique, « La République centrafricaine accueille une consultation transfrontalière sur le risque de maladie à virus Bundibugyo », 14 août 2026
- Institut Pasteur, « Épidémie d’Ebola 2026 en RDC et en Ouganda : tout savoir sur Bundibugyo », 19 juin 2026 (mise à jour le 17 juillet 2026)
- L’Avenir / AFP, « Plus de 2 300 décès recensés : l’épidémie d’Ebola en RDC devient la plus meurtrière de l’histoire du pays », 17 août 2026
- ONU Info, « Ebola : au terme d’une visite en RDC, le chef de l’OMS appelle à intensifier la riposte », 7 août 2026
Rédaction Savoir.fr
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