El Niño 2026 : les modèles annoncent l’épisode le plus fort jamais mesuré
Le phénomène El Niño, amorcé en juin dans le Pacifique équatorial, se renforce plus rapidement que ses prédécesseurs. Dans un dossier publié le 18 août 2026, le média spécialisé Carbon Brief indique que 96 % des simulations issues de quatorze groupes de modélisation prévoient l’épisode le plus intense de l’ère instrumentale moderne. Cinq jours plus tôt, l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) plaçait au-delà de 90 % la probabilité d’un événement « très fort » pour l’automne et l’hiver 2026-2027.
Un épisode amorcé en juin, qui s’intensifie
El Niño désigne la phase chaude d’une oscillation naturelle du système océan-atmosphère dans le Pacifique tropical, connue sous le nom d’ENSO (El Niño-Southern Oscillation). En régime ordinaire, les alizés poussent les eaux chaudes de surface vers l’ouest du bassin, tandis que des eaux froides remontent le long des côtes sud-américaines. Lorsque ces vents faiblissent, voire s’inversent localement, la remontée d’eaux profondes s’affaiblit et la nappe chaude s’étale vers l’est : c’est l’épisode El Niño, qui libère dans l’atmosphère une part de la chaleur accumulée par l’océan.
Dans sa discussion diagnostique du 13 août 2026, le Climate Prediction Center de la NOAA maintient son « El Niño Advisory » et résume la situation en une phrase : « El Niño is strengthening, with a greater than 90% chance of a very strong event during the Northern Hemisphere fall and winter 2026-27. » Les indices relevés pour le mois de juillet s’établissaient à +1,4 °C dans la région Niño-3.4, +1,7 °C dans Niño-3 et +2,9 °C dans Niño-1+2 — la zone la plus proche des côtes du Pérou et de l’Équateur, où le réchauffement est le plus marqué. L’agence chiffre par ailleurs à 69 % la probabilité que la période octobre-décembre 2026 dépasse tous les épisodes recensés depuis 1950.
Ces valeurs demandent une précaution de lecture : l’indice Niño-3.4 mesuré en juillet décrit un état déjà passé, alors que les probabilités portent sur le pic attendu en fin d’année. L’Organisation météorologique mondiale (OMM), dans sa mise à jour saisonnière du 31 juillet 2026 consacrée à la période août-octobre, anticipait une anomalie de l’ordre de 2,9 °C dans les zones de surveillance du Pacifique équatorial, ainsi que le développement d’un dipôle de l’océan Indien positif — un second mode de variabilité qui, en réchauffant l’ouest du bassin indien et en refroidissant l’est, peut amplifier les effets régionaux du premier.
« Super El Niño » : ce que l’expression recouvre
L’expression a envahi les commentaires depuis le début de l’été. Carbon Brief rappelle qu’il ne s’agit pas d’un terme scientifiquement reconnu : aucune définition officielle ne fixe le seuil au-delà duquel un épisode deviendrait « super ». Le repère utilisé par les climatologues est plus simple, et comparatif : le pic d’anomalie de température de surface dans la région Niño-3.4, dont le record de l’ère moderne s’établit à 2,75 °C, atteint lors de l’épisode de 2015-2016. Selon l’analyse publiée le 18 août par Robert McSweeney et Daisy Dunne, 96 % des simulations passées en revue franchissent ce seuil.
La portée de ces chiffres dépasse le Pacifique. Carbon Brief rappelle l’ordre de grandeur retenu par la littérature : une anomalie de 1 °C dans la région Niño-3.4 se traduit, avec un décalage de quelques mois, par environ 0,1 °C sur la température moyenne du globe. El Niño ne crée pas de chaleur supplémentaire à l’échelle planétaire ; il transfère vers l’atmosphère de la chaleur jusque-là stockée dans l’océan, et cette bascule se lit dans les moyennes annuelles. Météo-France notait le 11 août 2026 que la survenue d’un événement marqué en 2026-2027, s’ajoutant à la tendance de fond du réchauffement climatique, augmente la probabilité d’observer une température moyenne planétaire proche ou supérieure au record de 2024.
Des effets attendus très contrastés selon les régions
Le principal effet d’El Niño n’est pas thermique mais pluviométrique : le déplacement vers l’est des zones de convection profonde redessine la carte mondiale des précipitations. Carbon Brief détaille des conditions plus sèches en Asie du Sud-Est et en Australie, avec un risque accru de sécheresse et d’incendies ; en Amérique du Sud, un risque de sécheresse en Colombie, au Venezuela et dans le nord du Brésil, mais d’inondations sévères dans le sud du Brésil, au centre du Chili et dans le nord de l’Argentine. En Afrique, la sécheresse menace la partie australe du continent entre décembre et février, tandis que l’est est exposé aux inondations. En Amérique du Nord, des hivers plus doux sont attendus au nord-ouest, et des tempêtes hivernales plus intenses au sud.
L’OMM ajoute que des températures supérieures à la normale sont probables sur une large partie du globe durant la saison août-octobre. Pour l’Europe, la prudence reste de mise : Météo-France souligne que l’influence d’El Niño y est statistiquement plus nette en hiver qu’en été, et que les régions tropicales — dont les territoires ultramarins français — sont les premières concernées, avec des conditions sèches attendues en Océanie et en Amazonie.
Pour comprendre
L’ENSO n’est pas un phénomène isolé : il s’inscrit dans le jeu des grands transferts de chaleur entre bassins océaniques, dont les mécanismes — remontées d’eaux froides, courants de surface, stockage thermique en profondeur — sont exposés dans La circulation océanique.
Le versant atmosphérique du couple porte un nom distinct, l’oscillation australe : c’est la bascule de pression entre l’ouest et l’est du Pacifique qui commande la force des alizés. Pour saisir comment des écarts de pression engendrent des vents et des régimes de temps, on pourra lire Anticyclones et dépressions.
Enfin, les pourcentages cités plus haut proviennent non pas d’une prévision unique mais d’ensembles de simulations, dont chaque membre explore une trajectoire possible. La logique de ces exercices, leurs incertitudes et leurs limites sont détaillées dans Des futurs incertains : le climat en modèles réduits.
Sources
- Robert McSweeney et Daisy Dunne, « Explainer: How the « super El Niño » will reshape the world’s weather », Carbon Brief, 18 août 2026
- NOAA Climate Prediction Center, « ENSO Diagnostic Discussion », 13 août 2026
- Organisation météorologique mondiale, « Global Seasonal Climate Update for August-September-October 2026 », 31 juillet 2026
- Météo-France, « Le phénomène El Niño s’intensifie : quelles conséquences à l’échelle planétaire ? », 11 août 2026
Rédaction Savoir.fr
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