Hugo Awards 2026 : Alix E. Harrow sacrée pour « The Everlasting » à Anaheim
Les Hugo Awards 2026 ont été remis le dimanche 30 août à Anaheim, en Californie, lors de LAcon V, la 84e World Science Fiction Convention. Le prix du meilleur roman revient à l’Américaine Alix E. Harrow pour The Everlasting, tandis qu’Amal El-Mohtar, John Scalzi et une adaptation graphique d’Ursula K. Le Guin figurent parmi les lauréats. Derrière ce palmarès, relayé en France par Livres Hebdo le 1er septembre, se trouve un mode de désignation singulier : ce sont les membres de la convention, et non un jury, qui votent.
Un palmarès dominé par la fantasy
La catégorie reine, celle du meilleur roman, distingue The Everlasting (Tor US ; Tor UK). Kirkus Reviews y voit « une fantasy épique de voyage dans le temps sur la manière dont les récits du passé peuvent façonner notre avenir » ; le livre avait déjà reçu, plus tôt dans l’année, le prix Locus du meilleur roman de fantasy. Selon Livres Hebdo, sa traduction française doit paraître au Rayon Imaginaire, label d’Hachette Heroes, sous le titre Les mille morts d’Una l’éternelle. Alix E. Harrow, née en 1989 dans l’Idaho, a enseigné l’histoire à l’université avant de se consacrer à l’écriture ; elle avait obtenu un premier Hugo en 2019 pour la nouvelle « A Witch’s Guide to Escape », l’année même où paraissait son premier roman, The Ten Thousand Doors of January.
Elle succède à Robert Jackson Bennett, lauréat 2025 pour The Tainted Cup, dont l’édition française, À l’ombre du Léviathan, vol. 1 : Une larme de poison, paraît précisément ce 2 septembre chez Albin Michel dans une traduction de Laurent Philibert-Caillat.
Le prix du meilleur roman court va à la Canadienne Amal El-Mohtar pour The River Has Roots (Tordotcom ; Arcadia UK), qui complète ainsi un triplé rare : le texte avait déjà reçu le prix Nebula 2025 et le prix Locus 2026 dans la même catégorie. L’autrice n’en est pas à son premier Hugo, puisqu’elle avait été couronnée en 2017 pour une nouvelle et en 2020, avec Max Gladstone, pour This Is How You Lose the Time War. Une édition française est annoncée chez J’ai lu, dans la collection « Nouveaux Millénaires ».
La science-fiction n’est pas absente pour autant. Le prix de la meilleure série revient à John Scalzi pour Old Man’s War, cycle entamé en 2005 et publié en France par L’Atalante sous le titre Le Vieil Homme et la Guerre. Sur son blog, l’auteur a salué le 31 août ses concurrents, parmi lesquels Elizabeth Bear, Max Gladstone, Seanan McGuire et Katherine Addison : « N’importe lequel d’entre nous aurait pu gagner et j’en aurais été ravi. » Les deux prix de nouvelles distinguent des textes parus dans la revue Clarkesworld : « Never Eaten Vegetables » de H.H. Pak (nouvelle longue) et « In My Country » de Thomas Ha (nouvelle courte).
Le Guin en bande dessinée, un jeu vidéo et un film
Le prix de la meilleure histoire graphique récompense A Wizard of Earthsea: A Graphic Novel, adaptation par Fred Fordham du premier volume du cycle de Terremer d’Ursula K. Le Guin (Clarion Books ; Walker UK). Livres Hebdo précise que l’ouvrage, paru en France au Livre de Poche en août 2025, s’y est vendu à plus de 2 000 exemplaires selon les données NielsenIQ BookData de la base Electre.
Les catégories non littéraires illustrent l’élargissement progressif du prix. Le film Sinners, écrit et réalisé par Ryan Coogler, remporte la présentation dramatique de format long ; l’épisode « All Systems Red » de la série Murderbot (Apple TV), adapté du roman de Martha Wells, celle de format court. Le prix du meilleur jeu ou œuvre interactive va à Clair Obscur : Expedition 33, développé par Sandfall Interactive et édité par Kepler Interactive. L’essai Inventing the Renaissance de l’historienne Ada Palmer (University of Chicago Press ; Head of Zeus) obtient le prix de l’ouvrage apparenté. Deux distinctions remises pendant la même cérémonie ne sont pas, techniquement, des Hugo : le prix Lodestar du meilleur livre pour jeunes adultes, attribué à C.B. Lee pour Coffeeshop in an Alternate Universe, et le prix Astounding du meilleur nouvel auteur, décerné à Antonia Hodgson.
Un prix voté par le public de la convention
Ce qui distingue les Hugo des grands prix français d’automne tient à leur mécanisme. Il n’existe pas de jury : toute personne membre de la Worldcon de l’année peut proposer des œuvres, puis voter parmi les finalistes. Selon le rapport publié par LAcon V, 2 492 bulletins finaux ont été comptabilisés cette année, dont 2 490 électroniques et 2 sur papier. La cérémonie, animée par l’autrice Ursula Vernon, connue sous le pseudonyme T. Kingfisher, s’est tenue dans l’arène du centre des congrès d’Anaheim.
Le dépouillement obéit au vote préférentiel avec transferts successifs, dit instant-runoff : les électeurs classent les finalistes, et le candidat le moins bien placé est éliminé à chaque tour jusqu’à ce qu’un titre réunisse une majorité. Les bulletins comportent en outre une option « No Award », qui permet de refuser toute récompense dans une catégorie. D’après l’analyse de File 770, dans toutes les catégories sauf quatre, le finaliste arrivé en tête des premières préférences l’a emporté ; le prix du meilleur fancast s’est joué à 9 voix au sixième tour, et le Lodestar à 12 voix, son lauréat ayant occupé la quatrième place pendant les trois premiers tours. Depuis 2017, la phase de nomination utilise par ailleurs un système baptisé « E Pluribus Hugo », conçu pour empêcher qu’un bloc organisé n’impose seul la liste des finalistes.
Le prix tire son nom de Hugo Gernsback, fondateur du magazine Amazing Stories. Remis pour la première fois en 1953 lors de la 11e Worldcon, à Philadelphie, dans sept catégories, il s’appelait officiellement « Annual Science Fiction Achievement Award » jusqu’en 1992, date à laquelle le surnom est devenu le nom officiel. Le trophée, une fusée stylisée dont le dessin n’a pas changé depuis 1984, repose sur un socle renouvelé chaque année ; celui de 2026 a été conçu par Scott Lefton. Le palmarès de LAcon V compte dix-neuf catégories Hugo, auxquelles s’ajoutent les deux prix associés.
Pour comprendre
Les Hugo Awards couvrent l’ensemble des littératures de l’imaginaire, à commencer par la littérature de science-fiction, dont notre dossier retrace les origines et les grands courants. Le palmarès 2026 confirme la place prise par la fantasy, genre auquel appartiennent le roman d’Alix E. Harrow comme le texte d’Amal El-Mohtar. Enfin, les catégories « nouvelle longue » et « nouvelle courte » reposent sur des seuils de longueur propres aux Hugo, qui prolongent la définition de la nouvelle littéraire comme récit bref centré sur un nombre limité de personnages.
Sources
- The Hugo Awards, « 2026 Hugo Awards Results », site officiel, 31 août 2026
- LAcon V, « The 2026 Hugo Awards Report » (cérémonie, bulletins, lauréats), 30 août 2026
- Louise Ageorges, « Le palmarès des Hugo Awards 2026 », Livres Hebdo, 1er septembre 2026
- Michael Schaub, « Winners of the 2026 Hugo Awards Revealed », Kirkus Reviews, 31 août 2026
- Alice Strangman, « 2026 Hugo, Lodestar & Astounding Awards Winners », Locus, 31 août 2026
- File 770, « 2026 Hugo Award Voting Statistics and Administrator’s Report Available », août 2026
- John Scalzi, « Suddenly: Hugo! », blog Whatever, 31 août 2026
- Wikipédia (en), « Hugo Award » (histoire, mode de scrutin, trophée)
Rédaction Savoir.fr
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