Procès Aramburu : deux militants d’ultradroite devant la cour d’assises de Paris
Quatre ans et demi après la mort de Federico Martin Aramburu, ancien international argentin de rugby tué par balles à Paris, le procès de deux militants d’ultradroite et de deux de leurs proches s’est ouvert ce lundi 7 septembre 2026 devant la cour d’assises de Paris. Loïk Le Priol comparaît pour assassinat, Romain Bouvier pour tentative d’assassinat : tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu le vendredi 25 septembre.
Ce qui s’est passé le 19 mars 2022
Les faits remontent à la nuit du 18 au 19 mars 2022, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, à Paris. Federico Martin Aramburu, 42 ans, de passage dans la capitale, passe la soirée avec son ami Shaun Hegarty, ancien président du Biarritz Olympique. Au bar Le Mabillon, une altercation les oppose à un groupe dont font partie Loïk Le Priol et Romain Bouvier, deux anciens militants du Groupe union défense (GUD), organisation étudiante d’extrême droite depuis lors dissoute, en juin 2024.
Vers 6 h 15, devant un hôtel du 6e arrondissement, la dispute dégénère. Selon les éléments de l’instruction rapportés par la presse, Romain Bouvier tire deux coups de feu depuis une Jeep, puis Loïk Le Priol poursuit la victime à pied et tire six fois dans sa direction ; cinq balles l’atteignent. Touché notamment à la cuisse et au flanc, Federico Martin Aramburu meurt sur place. Shaun Hegarty sort indemne de la fusillade. « On était au mauvais endroit, au mauvais moment, avec des personnes qui sont totalement en dehors de la société », a confié ce dernier avant l’audience.
Romain Bouvier est interpellé le 23 mars 2022 à Sablé-sur-Sarthe par la brigade de recherche et d’intervention de Nantes. Loïk Le Priol, ancien commando de marine radié de l’armée, est arrêté quatre jours après les faits à la frontière entre la Hongrie et l’Ukraine, alors qu’il tentait de quitter l’Europe.
Quatre accusés, de l’assassinat à la complicité
Le procès, ouvert lundi à 14 h 30 pour trois semaines d’audiences, réunit quatre accusés. Loïk Le Priol, 32 ans, est jugé pour assassinat ; sa défense conteste la préméditation, dont dépend précisément cette qualification. Romain Bouvier, 35 ans, répond de tentative d’assassinat. La compagne de Loïk Le Priol, conductrice de la Jeep, est jugée pour complicité de tentative d’assassinat, et un quatrième accusé pour l’aide apportée après les faits, notamment la disparition d’une arme.
Les deux principaux accusés ne sont pas inconnus de la justice : en juin 2022, Loïk Le Priol a été condamné à quatre ans d’emprisonnement dont deux avec sursis, et Romain Bouvier à cinq ans dont trois avec sursis, pour avoir participé en 2015 à des actes de torture contre un ancien président du GUD. L’instruction n’a en revanche retenu aucun mobile politique ou raciste dans le dossier Aramburu. Trois semaines durant, la cour examinera images de vidéosurveillance, expertises balistiques et médico-légales et reconstitution des trajectoires de tir.
Le retentissement du procès dépasse les frontières françaises. Trois-quarts centre passé par le Biarritz Olympique, double champion de France en 2005 et 2006, Federico Martin Aramburu comptait 22 sélections avec l’équipe d’Argentine. Ses obsèques, le 26 mars 2022 à Biarritz, avaient rassemblé des centaines de personnes, et sa famille dénonce depuis « un crime odieux ».
Assassinat, préméditation, cour d’assises : les notions en jeu
En droit pénal français, l’assassinat n’est pas un simple synonyme de meurtre : c’est un meurtre commis avec préméditation ou guet-apens, c’est-à-dire à la suite d’un dessein formé avant l’action. Cette circonstance aggravante change tout : le meurtre simple est puni de trente ans de réclusion criminelle, l’assassinat de la réclusion criminelle à perpétuité. C’est pourquoi la question de la préméditation — les tireurs ont-ils formé le projet de tuer entre l’altercation du bar et les coups de feu ? — sera au cœur des débats.
La tentative d’assassinat, reprochée à Romain Bouvier, expose son auteur aux mêmes peines que le crime consommé, dès lors qu’un commencement d’exécution n’a été interrompu que par des circonstances indépendantes de sa volonté. Quant à la complicité, elle vise celui qui, sans commettre lui-même l’acte, l’a sciemment facilité, provoqué ou aidé ; le complice est puni comme l’auteur.
Enfin, c’est la cour d’assises qui juge les crimes, les infractions les plus graves. Juridiction mixte, elle associe des magistrats professionnels et un jury de citoyens tirés au sort, qui délibèrent ensemble sur la culpabilité puis sur la peine. Ses audiences, largement orales, font défiler témoins, experts et parties civiles : c’est cette « remise en route de toute cette nuit-là », selon les mots de Shaun Hegarty, qui occupera la cour jusqu’au verdict attendu le 25 septembre 2026.
Pour comprendre
- Assises : définition — ce que recouvre le mot et la juridiction qui en découle.
- Jury : définition — le rôle des citoyens tirés au sort dans la justice criminelle.
- Le droit pénal — la branche du droit qui définit les infractions et leurs peines.
Sources
- ICI (Radio France) — « Assassinat de Federico Martin Aramburu : deux militants d’ultradroite jugés à Paris, ce qu’il faut savoir sur le procès »
- ICI (Radio France) — « Le procès de deux militants d’ultradroite s’ouvre ce lundi à Paris », 7 septembre 2026
- Minute Sports — « Quatre accusés, perpétuité encourue : le procès Aramburu s’ouvre lundi », 6 septembre 2026
Rédaction Savoir.fr — publié le 7 septembre 2026.
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