Rendez-vous de l’histoire de Blois 2026 : les dix livres primés
Les Rendez-vous de l’histoire de Blois remettent, du 9 au 11 octobre 2026, leurs huit prix littéraires : dix livres en tout, puisque le prix jeunesse compte trois lauréats. Romans, polar, bande dessinée et travaux de recherche y voisinent. Le palmarès de cette 29e édition, consacrée aux « Marchands », dit beaucoup des manières dont on écrit aujourd’hui l’histoire.
Un palmarès qui couvre tout le livre d’histoire
Organisé à Blois du 7 au 11 octobre, le festival a remis ses récompenses du vendredi 9 au dimanche 11 octobre. Selon ActuaLitté, qui a publié le palmarès complet le 9 octobre, le Grand Prix des Rendez-vous de l’histoire revient à l’historienne Christel Müller pour La Fabrique du citoyen. Les Grecs et la politeia d’Aristote à Auguste (Passés Composés). Le prix du roman historique distingue Stéphane Giusti pour Halte au feu (Seghers), le prix du Noir de l’histoire Armelle Hérisson pour La Mort malgré lui (Gallimard, « Série noire »), et le prix BD, associé au château de Cheverny, Jean Dytar et Romain Bertrand pour Les Sentiers d’Anahuac (Delcourt-La Découverte).
Trois autres prix récompensent des travaux savants ou de transmission : le prix Augustin Thierry, consacré à l’histoire contemporaine, va à Sophie Cras pour L’Œil capitaliste. Musées, commerce et colonisation (Flammarion), le prix Anthony Rowley à François-Xavier Nérard pour Les Cantines bolchéviques. Une histoire du stalinisme vécu (CNRS Éditions), et le prix lycéen du livre d’histoire à Clémentine Vidal-Naquet pour Noces de cendres. Un voyage dans les ruines de la Grande Guerre (La Découverte, 2024). Le prix du roman historique jeunesse, enfin, couronne Michel Piquemal (Chercheur d’os, Milan), Amélie Antoine (1096 jours, Syros) et Sophie Doudet (La Rescapée, Scrineo).
Quand la fiction s’empare du passé
La moitié du palmarès relève de la fiction, ce qui rappelle la place singulière qu’occupe le roman historique : un récit inventé, mais adossé à un cadre documenté, où des personnages, réels ou imaginaires, traversent des événements attestés. Halte au feu se déroule à Alger le 26 mars 1962, peu après les accords d’Évian : six personnages y reviennent sur la fusillade de la rue d’Isly, au cours de laquelle l’armée française tira sur des manifestants. Le jury, présidé par Mireille Haby, réunit écrivains et historiens, parmi lesquels Clara Dupont-Monod, Adrien Goetz, Danièle Sallenave et Xavier Mauduit. Ce mélange dit bien le double critère du genre : la qualité littéraire et la fidélité au contexte.
Le prix du Noir de l’histoire, doté de 3 000 euros et organisé avec les bibliothèques d’Agglopolys, récompense quant à lui un roman policier francophone où l’histoire tient un rôle majeur. Le livre d’Armelle Hérisson relie des affaires criminelles de la Hongrie de 1944 à la France des années 1980 : le meurtre d’un journaliste y renvoie à des faits liés à la Seconde Guerre mondiale. Le procédé est caractéristique du polar historique, où l’enquête devient une manière de fouiller les strates du passé.
La bande dessinée primée, enfin, illustre le dialogue entre auteurs et chercheurs : Jean Dytar et Romain Bertrand y retracent la conquête du Mexique au XVIe siècle à travers Antonio Valeriano, un jeune Nahua qui aida le franciscain Bernardino de Sahagún à recueillir les savoirs autochtones, travail dont est issu le Codex de Florence. Le jury, présidé par l’historien Pascal Ory, juge à la fois le scénario, le dessin et la rigueur historique.
La recherche, en écho au thème des « Marchands »
Le Grand Prix, décerné par un jury d’historiens et d’universitaires, distingue un ouvrage de langue française ayant fait progresser la recherche ou sa diffusion. Le livre de Christel Müller étudie la citoyenneté dans les cités grecques, d’Aristote à Auguste, en montrant par des cas individuels comment ce statut s’acquérait, s’exerçait ou se perdait. Le terme grec politeia, qui donne son sous-titre à l’ouvrage, désigne à la fois la qualité de citoyen et l’organisation politique de la cité : Aristote en fait un objet central de sa réflexion. L’ouvrage rappelle ainsi que la citoyenneté antique n’était pas un état figé, mais un statut négocié.
Deux lauréats rejoignent plus directement le thème de l’édition. Sophie Cras, historienne de l’art, s’intéresse aux musées commerciaux apparus à la fin du XIXe siècle, qui exposaient des marchandises du monde entier, y compris des territoires colonisés, au service du commerce et de l’expansion économique. François-Xavier Nérard, à partir d’archives russes et ukrainiennes, confronte les ambitions des cantines collectives soviétiques des années 1920 et 1930 au quotidien des ouvriers : pénuries, mauvaise nourriture, surveillance et bureaucratie. Créé en 2016 en mémoire de l’historien et éditeur Anthony Rowley, le prix qui le distingue, doté de 1 000 euros, est dédié à l’histoire de l’alimentation et des arts de la table.
Le prix lycéen, créé en 2020, repose sur un autre principe : des lycéens et des élèves de classes préparatoires lisent cinq ouvrages choisis pour leur qualité scientifique et leur accessibilité, puis délibèrent. Leur choix s’est porté sur un livre qui part d’un album photographique, celui du voyage de noces d’un ancien soldat dans les régions dévastées par la Première Guerre mondiale, pour interroger la façon dont le conflit a pesé sur la vie intime et conjugale après 1918.
Blois, une « université populaire » de l’histoire
Fondés en 1998 et gratuits, les Rendez-vous de l’histoire se présentent, selon Livres Hebdo, comme une université populaire ouverte à tous et comme le plus grand festival d’histoire de France. L’édition 2026, présidée par Thierry Breton, annonçait près de 600 événements, 250 maisons d’édition présentes au salon du livre et plus de 55 000 visiteurs attendus. Son conseil scientifique est présidé par Jean-Noël Jeanneney, qui résumait ainsi l’ambition du thème : « Nous verrons ce qu’ils ont pu apporter, dans les relations entre les humains, depuis le troc jusqu’à la cryptomonnaie. » Le ministère de la Culture y a notamment organisé une table ronde sur la provenance des œuvres, devenue selon lui « un enjeu majeur pour les collections publiques comme pour le marché de l’art ».
Le prix Augustin Thierry, qui porte le nom de l’historien romantique du XIXe siècle, est attribué par l’équipe du festival avec le soutien de la ville de Blois ; il avait récompensé en 2025 Johann Chapoutot pour Les Irresponsables (Gallimard). Sa remise, le dimanche 11 octobre à la Halle aux grains, clôt le palmarès de cette édition.
Pour comprendre
- Le roman, genre littéraire : origines et évolutions du genre dont le roman historique est l’une des branches.
- Le roman policier : les codes du genre que le prix du Noir de l’histoire croise avec le récit historique.
- Citoyen : la définition d’une notion dont Christel Müller retrace les origines grecques.
Sources
- ActuaLitté, « Rendez-vous de l’histoire 2026 : les 10 livres qui remportent les prix littéraires », 9 octobre 2026
- Livres Hebdo (Lora Lemaréchal), « Les Rendez-vous de l’histoire de Blois 2026 explorent le monde des “Marchands” », 30 juin 2026
- Ministère de la Culture, « Rendez-vous de l’histoire de Blois : les Marchands au cœur des débats », 2 octobre 2026
- Les Rendez-vous de l’histoire, programme 2026 : remise du Grand Prix (Halle aux grains, Blois)
Rédaction Savoir.fr, 11 octobre 2026.


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