La sonde japonaise MMX part vers Phobos pour rapporter un fragment de lune martienne
La sonde japonaise MMX (Martian Moons eXploration) a quitté la Terre le 20 octobre 2026 à 4 h 41 heure du Japon, soit le 19 octobre à 21 h 41 à Paris. Elle doit rapporter en 2031 au moins dix grammes du sol de Phobos, la plus grande des deux lunes de Mars. Elle emporte Idefix, un petit rover conçu par la France et l’Allemagne, qui devrait être le premier engin à rouler sur ce corps minuscule.
Un lancement réussi depuis Tanegashima
D’après le communiqué de l’Agence japonaise d’exploration aérospatiale (JAXA), la fusée H3, pour son dixième vol, a décollé du centre spatial de Tanegashima à 4 h 41 min 03 s (heure du Japon). Le lanceur « a volé comme prévu » et la séparation de la sonde a été confirmée environ 71 minutes et 13 secondes après le décollage, sur l’orbite visée. Selon l’AFP, les premiers signaux reçus ensuite ont montré que l’engin fonctionnait normalement. « Je rêvais de ce jour, je suis incroyablement heureuse », a confié la scientifique de la JAXA Mari Aida, citée par l’agence de presse.
La mission est conduite par le Japon, en collaboration avec la NASA, le Centre national d’études spatiales (CNES), le centre aérospatial allemand (DLR) et l’Agence spatiale européenne (ESA). Pour Nicky Fox, responsable de la direction scientifique de la NASA, les échantillons devraient livrer une science propre à « changer de paradigme » sur le système martien, et ce « pour des générations ».
Phobos, une petite lune à l’origine incertaine
Mars possède deux satellites naturels, découverts en 1877 par l’astronome américain Asaph Hall, qui leur donna le nom des fils d’Arès, l’équivalent grec de Mars : Phobos (« la peur ») et son frère Deimos. Phobos n’a rien d’une lune sphérique comme la nôtre. La NASA le décrit comme un corps irrégulier d’environ 27 × 22 × 18 kilomètres, si proche de la planète qu’il en fait le tour trois fois par jour. Il s’en rapproche d’environ 1,8 mètre par siècle : à ce rythme, il devrait soit s’écraser sur Mars d’ici 50 millions d’années, soit se disloquer en un anneau.
Son origine reste discutée, et c’est la grande question que MMX doit trancher. Deux scénarios s’affrontent, rappellent l’ESA et l’AFP. Selon l’hypothèse de la capture, Phobos et Deimos seraient d’anciens astéroïdes piégés par la gravité martienne ; la NASA note d’ailleurs que leur matière ressemble à celle de certains astéroïdes sombres riches en carbone. Selon l’hypothèse de l’impact géant, ils seraient nés des débris projetés en orbite par la collision d’un gros corps avec Mars, un scénario comparable à celui qui est généralement avancé pour la formation de notre propre Lune. Analyser en laboratoire la composition de ces grains permettra de distinguer une matière venue d’ailleurs d’une matière d’origine martienne.
L’enjeu dépasse Phobos. L’ESA souligne que ces lunes renseignent sur l’évolution de Mars depuis sa formation, il y a 4,5 milliards d’années, y compris sur d’éventuelles conditions habitables passées, avec des implications pour la Terre, le Système solaire et les exoplanètes rocheuses. L’AFP relève aussi que Phobos est envisagé comme une possible « station spatiale naturelle » pour de futures missions habitées vers Mars.
Un calendrier de cinq ans
Le programme publié par l’ESA est le suivant. Après environ un an de croisière, MMX doit se placer en orbite autour de Mars en août 2027, puis, à partir de septembre 2027, autour de Phobos sur une orbite dite « quasi-satellite ». La gravité de ce petit corps étant trop faible pour retenir durablement une sonde sur une orbite classique, l’engin circule en réalité autour de Mars, sur une trajectoire voisine de celle de Phobos, de sorte qu’il semble en faire le tour vu depuis la lune elle-même.
Idefix doit être largué au début de 2029. La sonde principale se posera ensuite, en 2030, pour prélever au moins dix grammes de matière à l’aide de deux dispositifs d’échantillonnage. Sur le chemin du retour, elle survolera Deimos et Mars ; la capsule doit atterrir en Australie en 2031, avant que son contenu ne soit extrait et catalogué au Japon. L’ensemble embarque onze instruments scientifiques, sept sur la sonde et quatre sur le rover. Si tout se déroule comme prévu, MMX sera, selon l’ESA, le premier engin à orbiter autour de Phobos, le premier à rapporter un échantillon d’une lune autre que la nôtre et le premier à effectuer un aller-retour vers le système martien.
Le contexte international donne du relief à ce calendrier : l’AFP rappelle que le projet américain de retour des échantillons collectés sur Mars par le rover Perseverance a été pratiquement abandonné, et que la mission chinoise Tianwen-3, attendue vers 2028, pourrait rapporter des échantillons martiens dès 2031.
Idefix, éclaireur franco-allemand en milligravité
Décrit par le CNES comme le premier rover de conception et de fabrication franco-allemandes, Idefix pèse moins de 25 kilogrammes pour environ 45 × 40 × 35 centimètres, « la taille d’un micro-onde ». Il roule sur quatre roues et s’alimente grâce à quatre petits panneaux solaires d’environ 15 watts chacun au maximum. Sur Phobos, la pesanteur est environ 2 000 fois plus faible que sur Terre, et varie du simple au double selon l’endroit ; l’ESA résume que le rover n’y « pèserait » que l’équivalent de 15 grammes. Les températures y oscillent entre −200 °C la nuit et +60 °C le jour.
Le rover remplit trois rôles. Éclaireur, il doit tester le régolithe — la couche de poussière et de fragments qui recouvre la surface — avant que la sonde ne s’y pose : selon les mots du chef de projet au CNES, Julien Baroukh, c’est lui « qui prendra les risques à sa place ». Démonstrateur technologique, il doit réaliser le premier roulage en milligravité et naviguer de façon autonome grâce à la vision. Explorateur enfin, il étudiera la surface pendant au moins cent jours avec des caméras de navigation, des caméras filmant ses roues, un radiomètre infrarouge (miniRAD) mesurant les propriétés thermiques du sol et un spectromètre Raman dédié à la minéralogie. La France fournit aussi le spectromètre imageur infrarouge MIRS, monté sur la sonde pour observer Phobos, Deimos et l’atmosphère martienne, et valide les calculs de trajectoire de la mission.
Pour comprendre
- Orbite : la trajectoire d’un corps autour d’un autre, notion clé pour saisir l’originalité de l’orbite « quasi-satellite » choisie par MMX.
- Les astéroïdes, vestiges de la naissance du Système solaire : ces petits corps au cœur de l’hypothèse selon laquelle Phobos serait un astéroïde capturé.
- On trouve des rochers de Mars partout sur Terre : les météorites martiennes, seuls échantillons du système martien étudiés jusqu’ici en laboratoire.
Sources
- JAXA, communiqué de presse sur le lancement de MMX par le lanceur H3 n° 10, 20 octobre 2026
- ESA, « Mars moon lander set to launch on 19 October », 13 octobre 2026
- CNES, « Soixante ans après Astérix, Idefix se lance à son tour dans la conquête spatiale » (Julien Baroukh, d’après The Conversation)
- RTÉ / AFP, « Japan spacecraft en route to moon of Mars », 20 octobre 2026
- NASA Science, fiche « Phobos »

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