Coopération : être vu des autres augmente la contribution, montre une étude
Pourquoi accepte-t-on de contribuer à un bien commun, alors que chacun aurait individuellement intérêt à laisser les autres en supporter le coût ? Une étude publiée en ligne le 16 octobre 2026 dans la revue Acta Psychologica apporte un éclairage : ce qui accroît la coopération n’est pas d’abord de voir ce que font les autres, mais d’être soi-même vu. Menée par des chercheurs de l’Institut des sciences et technologies cognitives du Conseil national de la recherche italien (CNR) et de l’université Sapienza de Rome, elle repose sur deux expériences en ligne réunissant 369 participants.
Un dilemme de bien public pour démêler deux facettes de la transparence
Les chercheurs s’inscrivent dans la tradition des « dilemmes de bien public » : chaque membre d’un groupe reçoit une dotation privée et doit décider de la part qu’il verse dans une ressource partagée, dont tous bénéficient. Dans cette étude, le dilemme était présenté autour de biens collectifs liés à la santé. Deux expériences en ligne ont été conduites auprès de 369 participants, en faisant varier le niveau de coopération de membres simulés du groupe ainsi que la structure de visibilité des informations renvoyées à chacun.
L’originalité du travail tient à la distinction de deux facettes de la transparence, trop souvent confondues. La première est l’accès à une information individualisée sur le comportement d’autrui ; la seconde est l’observabilité de son propre comportement. Or, lorsqu’un comportement devient visible, il devient par là même « socialement évaluable » : il peut être jugé, sanctionné ou récompensé par les autres membres du groupe.
La transparence n’augmente pas uniformément la contribution
La première expérience montre que la transparence n’accroît pas la contribution de manière uniforme. Un retour d’information individualisé a au contraire amplifié de façon sélective la « coopération conditionnelle » : les participants investissaient davantage sous un retour transparent que sous un retour opaque, mais uniquement lorsque les autres membres du groupe se montraient fortement coopératifs. Ce constat rejoint une notion bien établie des sciences du comportement, selon laquelle la coopération humaine est en grande partie conditionnelle : on coopère d’autant plus volontiers que l’on anticipe que les autres en feront autant.
C’est d’être vu, plus que de voir, qui pousse à contribuer
La seconde expérience va plus loin en décomposant la transparence : elle manipule indépendamment la possibilité, pour chaque participant, de voir les contributions individuelles des autres, et la visibilité de sa propre contribution auprès du groupe. Le résultat est net : l’amplification de la coopération conditionnelle est portée par le fait d’être vu, et non par l’accès à une information individualisée sur le comportement d’autrui.
En outre, la perception qu’avaient les participants du niveau de coopération suivait fidèlement les conditions de l’expérience, ce qui écarte l’hypothèse d’un simple défaut de détection du comportement des autres. Pour les auteurs, la transparence favorise donc la coopération plus fortement lorsqu’elle rend visible sa propre contribution aux autres que lorsqu’elle se contente de fournir des informations individualisées sur le comportement du groupe. Le regard d’autrui — et la possibilité d’être évalué à travers lui — apparaît ainsi comme un levier plus puissant que la seule information sur ce que font les autres.
Ces résultats intéressent les dispositifs concrets où la coopération se joue à distance, des plateformes de contribution collective aux communautés en ligne. Ils suggèrent que rendre visible la contribution de chacun — plutôt que de seulement exposer celle des autres — peut constituer un levier pour soutenir l’engagement. Ils rappellent aussi que la transparence, loin d’être univoque, produit des effets différents selon ce qu’elle rend observable et à qui.
Pour comprendre
Pour approfondir les ressorts de la coopération et des comportements en groupe, le réseau Savoir.fr propose plusieurs repères :
- L’altruisme : la définition du dictionnaire Savoir.fr.
- Le don : ce que donner engage, au-delà du simple calcul.
- La dilution de responsabilité : quand le groupe affaiblit le sens de la responsabilité individuelle.
Sources
- Marini M., Gerna A., Munini S., Sapienza A., Falcone R., Paglieri F., « Cooperation needs an audience: being seen increases cooperation in public-goods decisions », Acta Psychologica, vol. 270, article 107917, publié en ligne le 16 octobre 2026 — résumé sur PubMed.
- DOI : 10.1016/j.actpsy.2026.107917 (Elsevier).
Rédaction Savoir.fr


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